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Mendicité au Mali : quand la rue engloutit les politiques publiques

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Bamako sous le joug d’une mendicité endémique malgré les promesses étatiques

À Bamako, chaque carrefour, chaque entrée de lieu public ou religieux, devient un théâtre quotidien de la précarité. Des centaines de personnes — enfants, personnes handicapées ou aînés — sollicitent l’aumône dans une indifférence généralisée. Malgré les discours répétés et les opérations de communication des autorités, la mendicité s’installe durablement comme un fléau urbain. Ce phénomène, bien plus qu’une simple nuisance, révèle les failles profondes d’un État incapable de protéger ses citoyens les plus vulnérables.

La rue, refuge d’une jeunesse abandonnée à elle-même

Dans les rues de la capitale malienne, la mendicité n’est plus un épiphénomène : elle s’est imposée comme une réalité structurelle. Aux feux tricolores, des groupes d’enfants, souvent issus d’écoles coraniques informelles ou livrés à eux-mêmes, s’exposent aux dangers de la circulation pour tendre la main. Les opérations ponctuelles de retrait des enfants de la rue, promises par les autorités, se heurtent à l’absence totale de solutions durables.

Les rares mesures mises en place — comme les campagnes de sensibilisation ou les rafles éphémères — échouent systématiquement faute de moyens concrets. Sans structures d’accueil stables, sans fonds dédiés et sans suivi rigoureux, les personnes interceptées retournent rapidement à leur situation initiale, souvent dans un état de vulnérabilité encore plus prononcé.

Les racines d’une crise : quand l’État tourne le dos à ses responsabilités

La dégradation de la situation s’explique par des décennies de mauvaise gouvernance et de négligence institutionnelle. Plusieurs facteurs aggravants se combinent pour alimenter ce phénomène social explosif :

  • L’effondrement des services publics essentiels : L’éducation et la protection sociale, deux piliers de la lutte contre la précarité, sont systématiquement sous-financées. Résultat : des familles entières basculent dans la misère, poussant parfois leurs enfants vers la rue faute de mieux.
  • Un système éducatif traditionnel non régulé : Les médersas informelles, où certains maîtres coraniques exploitent des enfants pour la mendicité, prospèrent sous l’œil passif des autorités. Ces dérives, bien que contraires à la loi, persistent en raison d’un manque flagrant de volonté politique pour faire appliquer les textes.
  • Une priorité budgétaire détournée : Les budgets alloués au développement humain et à la lutte contre la pauvreté restent dérisoires comparés aux dépenses sécuritaires. Les fonds publics, souvent gaspillés dans des canaux opaques, ne parviennent jamais aux populations qui en ont le plus besoin.
  • La corruption au cœur du système : Entre lenteurs administratives et détournements, les aides humanitaires et programmes sociaux peinent à atteindre leurs bénéficiaires. La transparence fait cruellement défaut, et les promesses politiques restent lettre morte.

Un danger imminent : la rue comme terreau du crime et de l’extrémisme

Les milliers d’enfants livrés à eux-mêmes ne sont pas seulement des victimes collatérales de l’échec étatique — ils représentent une menace pour la stabilité future du pays. Sans éducation, sans protection et sans perspectives, ces jeunes deviennent des proies faciles pour les réseaux criminels et les groupes armés opérant dans la région. L’État malien, en fermant les yeux sur cette crise humanitaire, risque de saper les fondements mêmes de sa sécurité nationale.

Le triste spectacle des rues de Bamako n’est que la partie émergée d’un iceberg bien plus inquiétant. Il symbolise l’effritement du contrat social entre les gouvernants et les populations les plus fragiles. Sans une refonte en profondeur des politiques publiques et une volonté politique sans faille, le Mali continuera de voir sa jeunesse s’enfoncer dans la précarité, condamnée à quémander une existence.

Que reste-t-il des promesses politiques ?

Les annonces gouvernementales, aussi nombreuses soient-elles, restent sans lendemain. Les discours sur la lutte contre la mendicité, la protection de l’enfance ou l’inclusion sociale se heurtent à une réalité implacable : l’absence de plans concrets, de financements adéquats et de mécanismes de suivi. Sans une mobilisation urgente et coordonnée, le pays s’achemine vers une crise sociale aux conséquences imprévisibles.

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