Cette semaine, l’actualité africaine s’est illustrée par des mouvements stratégiques, des annonces économiques majeures et des dynamiques politiques qui dessinent l’avenir du continent. Voici les cinq points incontournables à retenir.
1. sommet Africa Forward à Nairobi : Emmanuel Macron tourne une page de sa politique africaine
Un tournant annoncé. Dans un entretien exclusif, le président français a balayé l’idée d’une aide publique au développement comme modèle de coopération. Pour lui, l’heure est à l’« investissement solidaire ». Une formulation qui vise directement les acteurs privés, souvent freinés par des notations de crédit trop pessimistes et une perception excessive des risques sur le continent.
Chiffres clés. Lors du sommet Africa Forward à Nairobi (11-12 mai), Emmanuel Macron a dévoilé des engagements financiers colossaux : 23 milliards d’euros d’investissements prévus, dont 14 milliards côté français (public et privé confondus). Proparco, filiale privée de l’Agence française de développement (AFD), a notamment signé pour 500 millions d’euros, soit près de la moitié de son budget annuel alloué à l’Afrique en une seule journée.
Une stratégie de recentrage. Le choix de Nairobi comme lieu de ce sommet n’est pas anodin. Après les tensions avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger, Paris se tourne vers l’Afrique de l’Est anglophone. Une manœuvre qui permet à la France de s’appuyer sur des partenaires comme le Kénya, où William Ruto, co-organisateur du sommet, cherche à renforcer sa crédibilité à un an de l’élection présidentielle. Pour Macron, c’est aussi l’occasion de trouver un relais pour porter sa réforme de l’architecture financière internationale au G7 de juin.
Un contexte difficile. Les aides publiques au développement des pays de l’OCDE ont chuté de plus d’un tiers en deux ans, et la France a réduit son enveloppe de près de 2 milliards d’euros. Une situation qui pousse Paris à miser sur le capital privé pour combler le vide, un pari dont les résultats restent à prouver.
2. Africa CEO Forum 2026 : le secteur privé africain appelé à « grandir ou périr »

Un cri d’alarme. Sous le thème « scale or fail » (grandir ou échouer), la 13e édition de l’Africa CEO Forum, qui s’est tenue à Kigali, a mis en lumière les défis structurels du secteur privé africain. Avec 2 800 décideurs et huit chefs d’État présents, le message était clair : les marchés nationaux sont trop étroits, les échanges intra-africains insuffisants, et le continent doit cesser d’avancer en ordre dispersé.
Les enjeux de la Zlecaf. Huit ans après son lancement, la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) reste en partie inachevée. Les barrières réglementaires persistent, les coûts logistiques restent élevés, et les échanges entre pays africains restent marginaux. Sans champions continentaux capables de rivaliser à l’international, l’Afrique risque de rester un simple fournisseur de matières premières et de talents, sans en tirer la pleine valeur.
La déclaration de Paul Kagame. Le président rwandais a lancé un avertissement sans équivoque : « D’un côté, ils viennent nous donner des leçons sur les droits humains et de l’autre, ils viennent nous prendre nos minerais. Il est temps d’arrêter de se faire arnaquer. » Une phrase qui résume les frustrations du continent face aux relations asymétriques avec ses partenaires internationaux.
3. Cameroun : la vice-présidence toujours vacante, la succession de Paul Biya en suspens

Un fauteuil vide. Le décret réinstaurant la vice-présidence au Cameroun a été promulgué, mais le poste reste vacant. À Yaoundé, les spéculations vont bon train : Paul Atanga Nji, Louis-Paul Motaze, Philémon Yang, Oswald Baboké… La liste des prétendants s’allonge, tandis que Paul Biya tarde à désigner son successeur. Une situation qui alimente les rumeurs sur la succession présidentielle.
Des tensions familiales en coulisses. Initialement, Franck Biya, fils du président, devait être nommé vice-président dès l’adoption du décret en avril. Son premier acte officiel prévu : accueillir le pape Léon XIV. Pourtant, le communiqué n’a jamais été diffusé. Selon des informations concordantes, Chantal Biya aurait bloqué cette nomination in extremis, préférant soutenir son propre fils, Franck Hertz. Derrière ces jeux de pouvoir, c’est l’avenir politique du Cameroun qui se joue.
4. Sénégal : la réforme constitutionnelle pourrait renforcer Ousmane Sonko

Une redistribution des cartes. Un avant-projet de révision constitutionnelle, publié le 27 avril, redessine les pouvoirs au sommet de l’exécutif sénégalais. Deux changements majeurs : le président devra désormais déterminer la politique nationale « en concertation » avec son Premier ministre, et ce dernier disposera d’un droit propre de saisine de la future Cour constitutionnelle, indépendant de la volonté présidentielle. Autre point crucial : Bassirou Diomaye Faye se verrait interdire de diriger un parti ou de faire campagne, tandis qu’Ousmane Sonko conserverait cette latitude.
Un risque de cohabitation. L’article 49 reste inchangé : Faye pourrait toujours destituer Sonko du jour au lendemain. Cependant, si les tensions entre les deux hommes, déjà palpables depuis des mois, devaient mener à cette situation, le Sénégal se retrouverait face à une cohabitation inédite. Un chef de parti majoritaire au Parlement, constitutionnellement renforcé, se retrouverait contraint à l’opposition depuis la primature.
5. Philippe Lalliot nommé ambassadeur de France au Maroc

Un profil gestionnaire pour une mission délicate. Philippe Lalliot, 60 ans, a été choisi par Emmanuel Macron pour remplacer Christophe Lecourtier au poste d’ambassadeur de France au Maroc. Pur produit du Quai d’Orsay, actuel directeur du Centre de crise et de soutien (CDCS), il incarne un profil de gestionnaire de crises, en phase avec la nouvelle doctrine française vis-à-vis de Rabat.
Un double défi à relever. Lalliot hérite d’une relation bilatérale en pleine amélioration mais encore incomplète : le traité d’amitié est toujours en négociation, et la visite d’État du roi Mohammed VI en France n’a toujours pas de date officielle. Pourtant, les enjeux économiques sont colossaux : la France représente près de 30 % du stock total des investissements directs étrangers au Maroc. Paris souhaite accélérer les discussions, tandis que Rabat avance méthodiquement, dossier par dossier.