Un témoignage pour les générations futures
À l’occasion de la parution de « Auguste Miremont, d’Houphouët à Ouattara, en toute liberté… », l’ancien responsable politique et journaliste, aujourd’hui âgé de 85 ans, se confie sur son parcours et ses réflexions sur la Côte d’Ivoire moderne. Pourquoi accepter finalement ce projet ? Parce qu’il s’agit, selon lui, d’une transmission plutôt que d’un exercice de glorification personnelle. « On ne pouvait pas traverser autant d’étapes de l’histoire sans laisser une trace », confie-t-il, évoquant l’insistance de ses proches et de ses concitoyens, y compris lors de cérémonies officielles dans son village natal.
L’ouvrage, fruit de 30 heures d’entretiens avec l’auteur Michel Koffi, a nécessité 18 mois de travail. Un processus long mais enrichissant, où l’ancien ministre a pu corriger et reformuler certaines parties, gardant l’esprit critique d’un journaliste d’investigation.
La Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny : un modèle à préserver
Auguste Miremont dresse un bilan contrasté de la Côte d’Ivoire. Sous Félix Houphouët-Boigny, le pays a connu une stabilité remarquable, malgré des crises sociales et politiques. « Son génie résidait dans sa capacité à écouter, temporiser et agir au bon moment », explique-t-il. Ce leadership a permis à la Côte d’Ivoire de se positionner comme un acteur respecté en Afrique de l’Ouest, accueillant les réfugiés des pays en crise et offrant une image de prospérité.
Mais après lui, les transitions politiques se sont révélées plus complexes. La succession entre Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara, marquée par des tensions juridiques et des ruptures institutionnelles, a fragilisé le pays. Le coup d’État de 1999 et les violences postérieures ont profondément marqué Auguste Miremont, qui évoque des moments de « douleur » et de « désillusion ». « Nous avons vu s’effondrer l’image d’un pays stable et respecté », déclare-t-il, rappelant la disparition tragique de figures comme Robert Guéï et Emile Boga Doudou.
Alassane Ouattara : un héritier politique à évaluer
Si Auguste Miremont reconnaît que Alassane Ouattara est celui qui a le plus intégré la philosophie d’Houphouët-Boigny — à savoir la patience, l’écoute et l’action mesurée —, il souligne aussi certaines différences. « Il manque aujourd’hui la fermeté qu’il affichait lorsqu’il était Premier ministre », estime-t-il. À l’époque, Ouattara n’hésitait pas à écarter un collaborateur dès la moindre erreur, une rigueur qu’il semble avoir atténuée depuis.
Malgré ces critiques, l’ancien ministre garde une grande admiration pour l’homme politique. « Ouattara a fait preuve d’un courage exceptionnel, traversant des épreuves que beaucoup auraient abandonnées ». Il salue également sa courtoisie et son attention aux problèmes personnels de ses collaborateurs, des qualités qui ont forgé sa réputation de leader respectueux et proche de ses concitoyens.
Un héritage économique et social à consolider
Auguste Miremont reconnaît les avancées majeures réalisées sous la présidence d’Alassane Ouattara, notamment dans les infrastructures. « Les routes, les hôpitaux, les universités et les programmes de formation professionnelle témoignent d’une dynamique réelle ». Il cite en exemple le boulevard des Champs-Élysées à Daloa ou les 30 à 40 kilomètres de bitume restant à poser entre Bin-Houyé et Toulépleu, des projets qui redonnent espoir aux populations.
Cependant, il reste lucide sur les défis persistants. « La cherté de la vie et la pauvreté dans certaines couches sociales sont des réalités que le gouvernement doit continuer de combattre ». Il se félicite des initiatives comme les filets sociaux ou l’École de la deuxième chance, qui permettent de « compenser la dureté de la vie » et d’offrir des perspectives aux jeunes.
Des relations humaines au cœur de la politique
Au fil de sa carrière, Auguste Miremont a entretenu des liens étroits avec plusieurs présidents ivoiriens. Avec Houphouët-Boigny, il était ministre de la Communication et directeur général de Fraternité Matin : une proximité quotidienne, mais sans intimité particulière. « Il m’appelait « De Miremont », un surnom qui reflétait son respect pour l’histoire de notre pays », raconte-t-il avec humour.
Avec Henri Konan Bédié, il présidait le groupe parlementaire du PDCI, des relations marquées par une confiance mutuelle. Robert Guéï, son parent, et Laurent Gbagbo, qu’il a côtoyé lors de négociations politiques, ont aussi laissé une empreinte dans sa mémoire. « Gbagbo m’a même aidé financièrement à un moment difficile », confie-t-il, soulignant l’importance des échanges humains dans la gestion du pouvoir.
Alors que la Côte d’Ivoire continue sa marche vers le développement, Auguste Miremont insiste sur l’importance de ne pas oublier les leçons du passé. « La stabilité et le respect se construisent dans le dialogue et la fermeté, sans jamais sacrifier l’unité nationale », résume-t-il. Un message qui résonne comme un appel à la sagesse pour les générations futures.