Selon Oscar Njiki, la Constitution camerounaise affirme l’égalité de tous les citoyens. Les droits sont liés à la citoyenneté, non à l’origine. L’autochtonie représente une identité culturelle, pas un avantage juridique.
1) Un citoyen camerounais est-il autochtone partout dans le pays ?
Non. L’autochtonie n’est pas une caractéristique universelle offerte par la citoyenneté. Elle s’ancre dans une mémoire, une filiation et une histoire. Posséder un terrain, s’y installer et y investir ne suffit pas à devenir autochtone. Les peuples autochtones entretiennent un lien profond avec leurs terres, qui prolonge leur identité. Les droits coutumiers ne se transmettent pas par simple achat ; ils disparaissent lors de la cession.
On ne peut pas être autochtone partout.
2) Faut-il être autochtone pour se sentir chez soi ?
Non. La citoyenneté dépasse l’autochtonie. Tout Camerounais est chez lui partout au Cameroun. La légitimité de son installation repose sur son appartenance à la communauté nationale, non sur ses origines. Être Camerounais donne droit de cité à Yaoundé, Bangangté, Maroua… sans condition d’autochtonie.
Chaque citoyen camerounais est chez lui partout au Cameroun.
3) Un autochtone est-il partout chez lui dans son village ?
Non. Même au village, l’espace est organisé par la propriété. Chacun possède ses terres, ses maisons, ses champs. L’autochtonie n’autorise pas à violer un domicile ni à s’approprier les biens d’autrui. Un propriétaire allogène est chez lui dans le village de l’autochtone, car la possession fonde un droit reconnu par la loi.
L’autochtonie ne donne pas tous les droits aux autochtones, et l’allochtonie n’en retire pas aux allogènes.
4) Un autochtone a-t-il plus de droits dans son village qu’un allogène ?
Non. La loi est unique et indivisible. La Constitution garantit l’égalité des citoyens. Les droits ne varient pas selon l’origine mais selon la citoyenneté. L’autochtonie est une identité culturelle, pas un privilège juridique.
Autochtones et allogènes sont égaux devant la loi.
5) Exception : la loi réserve certaines fonctions – maire de la ville, président du Conseil régional – aux autochtones. Mais pour les autres charges électives (députés, maires, conseillers), aucune condition d’autochtonie n’est exigée.
La loi réserve deux postes aux autochtones, mais tous les autres mandats électifs sont ouverts à tous les citoyens, autochtones comme allogènes.
En conclusion, le débat sur l’autochtonie et l’allochtonie est une impasse. Il enferme les citoyens dans des appartenances fragmentées et détourne l’attention de l’essentiel : notre avenir commun. Ce qui compte n’est pas la concurrence des origines mais la convergence des destins. L’autochtonie et l’allochtonie ne doivent pas être des armes de division, mais des réalités culturelles intégrées dans une République une et indivisible.
Nous devons regarder ensemble dans la même direction, comme les enfants d’une seule nation, non comme des micro-États rivaux à l’intérieur du pays. L’avenir du Cameroun se construira non dans la fragmentation, mais dans l’unité, la solidarité et la conscience partagée d’un destin commun.
OSCAR NJIKI