Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a marqué un tournant politique décisif en inaugurant, samedi 25 juillet à Dakar, la création de KIIRAAY – Les Patriotes Républicains, un parti entièrement dédié à son action politique. Cette initiative, officialisée lors d’une assemblée générale constitutive dans un établissement de la capitale, illustre l’affranchissement du chef de l’État vis-à-vis du Parti africain pour l’indépendance, le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF), la formation qui l’a propulsé au pouvoir en mars 2024. Le nouveau parti s’articule autour de la devise « La Patrie d’abord », mettant en avant une vision centrée sur la souveraineté nationale et la solidité des institutions démocratiques.
Une rupture politique avec Ousmane Sonko
La naissance de KIIRAAY survient dans un contexte de tensions publiques entre Bassirou Diomaye Faye et son ancien mentor, Ousmane Sonko, toujours à la tête du PASTEF et Premier ministre. Longtemps perçus comme les deux figures complémentaires d’un même mouvement de rupture, leurs parcours respectifs ont connu une divergence marquée ces derniers mois, aboutissant à cette scission organisationnelle désormais concrétisée. Pour le président, l’acquisition d’une structure partisane autonome lui permet de s’affranchir d’une dépendance politique devenue pesante et de se doter d’un outil aligné sur ses orientations présidentielles.
Le choix du nom du parti n’est pas anodin. En wolof, « Kiiraay » évoque l’idée de protection, un registre qui tranche avec la rhétorique contestataire et frontale historiquement portée par le PASTEF. Là où l’ancien parti prônait la souveraineté par la rupture, la nouvelle formation mise sur un équilibre entre patriotisme, républicanisme et stabilité des institutions. Ce changement sémantique reflète une évolution du chef de l’État vers un positionnement plus institutionnel, à mesure qu’il consolide l’exercice de ses fonctions.
Un parti axé sur le renforcement institutionnel
Lors de son assemblée constitutive, KIIRAAY a exposé une feuille de route mettant en avant la défense de l’intérêt national, la consolidation des institutions républicaines et le renforcement de l’État de droit. Ces orientations, présentées comme prioritaires, dessinent un projet moins contestataire et davantage tourné vers la gestion des affaires publiques. L’intitulé « Les Patriotes Républicains » cherche à concilier deux dimensions : l’attachement à la souveraineté, héritage du duo Faye-Sonko depuis les élections législatives de 2022, et le respect des normes républicaines, un gage adressé aux acteurs administratifs, économiques et diplomatiques.
Cette orientation stratégique n’est pas sans incidence pour les partenaires internationaux du Sénégal. Depuis son accession à la présidence, Bassirou Diomaye Faye a multiplié les signes d’ouverture envers les investisseurs et les bailleurs de fonds, tout en engageant la renégociation de contrats stratégiques dans les secteurs des hydrocarbures et des mines. La création d’un parti centré sur les institutions vise à rassurer sur la stabilité de l’action publique, dans un contexte où Dakar cherche à préserver sa crédibilité auprès des marchés financiers et de ses relations avec le Fonds monétaire international.
Une recomposition majeure du paysage politique sénégalais
L’émergence de KIIRAAY modifie profondément les équilibres politiques au Sénégal. Le PASTEF, désormais privé du soutien présidentiel, conserve une base militante significative mais perd le levier symbolique associé à la présidence. Les partis d’opposition traditionnels, du Parti démocratique sénégalais aux formations issues de la coalition Benno Bokk Yaakaar, doivent réévaluer leur stratégie face à une majorité présidentielle qui se dote de sa propre assise partisane. L’enjeu reste de savoir dans quelle mesure les élus de novembre 2024, issus du PASTEF, basculeront vers la nouvelle structure.
Les prochaines échéances locales et la préparation de l’élection présidentielle de 2029 s’annoncent comme des tests cruciaux pour KIIRAAY. Le parti devra rapidement prouver sa capacité à s’imposer sur le terrain en structurant un réseau territorial, en définissant une offre programmatique distincte et en mobilisant au-delà de la base militante héritée de la campagne de 2024. La bataille portera également sur le contrôle des ressources partisanes, des relais administratifs et des réseaux économiques régionaux.
Pour Bassirou Diomaye Faye, cette étape marque un passage de l’ère de la loyauté personnelle à celle de la construction institutionnelle d’une force politique présidentielle. Une nouvelle phase politique s’ouvre ainsi au Sénégal, où la stabilité et la souveraineté deviennent les piliers d’un projet national ambitieux.