Ce 9 juin, les parlementaires camerounais ouvrent leur deuxième session ordinaire annuelle, traditionnellement dédiée au débat d’orientation budgétaire. Sénateurs et députés examinent les grandes lignes du futur budget 2027 dans un contexte financier contraint, marqué par le ralentissement des recettes publiques et une instabilité politique persistante. L’exercice est d’autant plus attendu que l’exécutif rencontre des difficultés à concrétiser les promesses de la loi de finances initiale de 2026, dotée d’une enveloppe de 8 800 milliards de francs CFA.
Un débat sous tension de trésorerie
Dans la procédure parlementaire camerounaise, le débat d’orientation budgétaire représente l’étape clé où le gouvernement expose ses priorités macroéconomiques pour l’année à venir. À Yaoundé, cette séquence revêt cette année une importance particulière. Les marges de manœuvre se sont réduites, sous l’effet d’une mobilisation fiscale inférieure aux prévisions et d’un service de la dette qui pèse lourdement sur l’équilibre des finances publiques.
Le budget 2026, fixé à 8 800 milliards de francs CFA (environ 13,4 milliards d’euros), apparaît désormais difficile à tenir. Comme lors des exercices précédents, les autorités camerounaises devraient présenter un collectif budgétaire visant à ajuster les hypothèses initiales. Cette loi de finances rectificative permettra de réduire certaines lignes de dépenses et de prendre acte de l’écart entre les recettes anticipées et celles réellement encaissées au premier semestre.
L’attente d’un remaniement politique
À la complexité technique s’ajoute une donne politique. Depuis près de six mois, la perspective d’un remaniement gouvernemental est évoquée à Yaoundé sans se concrétiser. Cette attente prolongée alimente un attentisme qui paralyse une partie de l’administration et freine la prise de décision dans les ministères dépensiers. Les acteurs économiques suspendent également leurs investissements, dans l’attente de connaître les nouveaux interlocuteurs au sein du gouvernement.
Cet immobilisme se traduit concrètement par un ralentissement de l’exécution budgétaire. Plusieurs projets d’infrastructures, financés par des ressources extérieures, accumulent des retards de décaissement à cause de la lenteur des contreparties nationales. Pour les partenaires techniques et financiers, cette situation soulève des interrogations sur la capacité du gouvernement à mener à bien les réformes engagées dans le cadre du programme avec le Fonds monétaire international.
Une équation financière régionale
Le Cameroun, première économie de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), est un pilier pour la stabilité macroéconomique de la sous-région. Tout dérapage de ses finances publiques se répercute directement sur les réserves de change communes gérées par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Le pays concentre près de 40 % du produit intérieur brut de la zone, ce qui donne à ses choix budgétaires une portée qui dépasse largement ses frontières.
Les parlementaires doivent également composer avec un environnement extérieur volatil. Les cours du pétrole, qui constituent encore une part importante des recettes de l’État, restent soumis à de fortes fluctuations. La production nationale d’hydrocarbures connaît par ailleurs un déclin structurel, ce qui rend plus urgente la diversification des bases fiscales. Le débat d’orientation budgétaire pourrait ainsi relancer la discussion sur la modernisation de l’administration fiscale et l’élargissement de l’assiette imposable, deux chantiers récurrents jamais vraiment aboutis.
Reste que les attentes du Parlement risquent de se heurter aux contraintes du calendrier électoral. Plusieurs élus s’interrogent ouvertement sur la pertinence de bâtir un cadrage triennal solide alors que la composition même du gouvernement demeure incertaine. Dans les couloirs de l’Assemblée nationale, cette session est déjà perçue comme un exercice de transition, davantage destiné à entériner des ajustements de court terme qu’à esquisser une trajectoire structurelle. L’exécutif camerounais aborde ce rendez-vous parlementaire sans disposer pleinement des moyens nécessaires pour concrétiser les ambitions affichées en début d’exercice.