Le samedi 26 septembre 2026, une double offensive a simultanément frappé le Burkina Faso, visant Lalgaye dans le Centre-Est et le secteur de Ouahigouya dans le Nord. Revendiquées le jeudi 1er octobre par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), ces opérations soulèvent une question cruciale : jusqu’où la pression sécuritaire exercée par les groupes armés sur les Forces de défense et de sécurité (FDS) peut-elle s’intensifier ?
Lalgaye : l’assaut meurtrier contre un poste militaire
La province du Koulpélogo, située dans la région du Centre-Est, a connu une nouvelle flambée de violence le samedi 26 septembre. La commune de Lalgaye, à une vingtaine de kilomètres de Ouargaye, a été la cible d’une attaque directe contre le poste de contrôle de l’armée burkinabè.
Selon les informations recoupées et la communication diffusée le mercredi 1er octobre par le canal de propagande du JNIM, un groupe d’assaillants lourdement armés a pris d’assaut les installations. Malgré une riposte vigoureuse des forces de défense, l’effet de surprise et la supériorité numérique ont permis aux attaquants de pénétrer dans le complexe. Le bilan fait état d’un militaire tué au combat. Avant de se replier vers les zones boisées, les assaillants ont pillé le poste, emportant un important lot d’armes légères, de munitions et d’équipements individuels. Ce mode opératoire, devenu fréquent dans la région, vise à affaiblir la couverture sécuritaire locale tout en réapprovisionnant les colonnes terroristes en logistique militaire.
Ouahigouya : une pression coordonnée dans le Nord
Au même moment, le nord du pays subissait des poussées offensives similaires. Dans la région du Nord, autour de la ville stratégique de Ouahigouya, chef-lieu de la région et de la province du Yatenga, deux positions tenues par l’armée et ses auxiliaires civils ont essuyé des tirs de combattants armés.
Si le bilan humain de ces incursions reste partiel, les pertes matérielles sont confirmées : au moins un véhicule militaire blindé léger a été détruit par un tir d’arme lourde ou un engin explosif improvisé (EEI). La coordination spatiale et temporelle de ces frappes — menées le même jour à plusieurs centaines de kilomètres de distance — démontre une capacité de planification opérationnelle toujours intacte au sein de la coalition terroriste.
Harcèlement et réapprovisionnement : la tactique du JNIM
L’attaque de Lalgaye s’inscrit dans un contexte sécuritaire particulièrement complexe dans le Koulpélogo. Cette province frontalière avec le Togo et le Ghana constitue un couloir stratégique pour le JNIM, qui cherche à établir des zones de transit et des bases arrières entre la région de l’Est burkinabè et les pays du Golfe de Guinée.
Pour les spécialistes du conflit sahélien, la prise d’assaut de postes isolés répond à une stratégie de harcèlement tactique. En multipliant les raids ciblés contre des détachements restreints, les groupes djihadistes poursuivent un triple objectif :
- L’attrition matérielle : capturer des armes, des véhicules et des moyens de transmission sans dépendre de flux logistiques extérieurs lourds.
- L’isolement territorial : contraindre les forces gouvernementales à se replier vers les grands centres urbains (Tenkodogo ou Ouargaye pour le Centre-Est, Ouahigouya pour le Nord), créant ainsi des « trous noirs » sécuritaires dans les zones rurales.
- La guerre psychologique : utiliser la diffusion différée des revendications (comme celle publiée ce 1er octobre) pour entretenir un sentiment d’insécurité permanent et contredire la communication officielle des autorités de transition.
La riposte des Forces de défense et de sécurité
Face à ce regain de tension, les Forces armées burkinabè (FAB) et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) ont immédiatement engagé des opérations de ratissage et de poursuite. Des moyens aériens ont été déployés dans la région du Koulpélogo et dans le secteur du Yatenga pour repérer les colonnes ennemies en fuite.
À Ouagadougou, les autorités de la transition réaffirment régulièrement leur détermination à poursuivre la reconquête du territoire. Toutefois, ces récents événements mettent en lumière les défis logistiques et humains auxquels font face les unités déployées sur le terrain, souvent confrontées à des attaques asymétriques et à l’utilisation massive d’engins explosifs sur les axes routiers.
Une population sous la menace d’incursions répétées
Les populations locales de la région de Lalgaye vivent sous la menace constante d’incursions. Alors que les opérations de sécurisation se poursuivent dans le Koulpélogo, le tribut payé par les forces armées rappelle l’âpreté du combat mené au quotidien pour le rétablissement de l’intégrité territoriale du Burkina Faso. La question demeure : combien de temps cette stratégie de harcèlement pourra-t-elle être contenue ?