Lors d’une revue conjointe organisée à Yaoundé, le gouvernement camerounais et la Banque africaine de développement (BAD) ont révélé une menace financière majeure pesant sur 292 milliards de FCFA de financements. Sept projets, approuvés par l’institution panafricaine, totalisant 373,419 millions d’unités de compte, risquent d’être annulés. La cause ? Des lenteurs administratives internes qui paralysent leur mise en œuvre, bien avant tout décaissement effectif.
Les enveloppes concernées correspondent à des prêts et des dons validés par la BAD, mais dont les accords n’ont pas été formalisés dans les délais impartis, ou pour lesquels aucun paiement n’a été engagé malgré leur approbation juridique. Six dossiers relèvent de la première situation, tandis qu’un septième relève de la seconde. Au total, 339,419 millions d’UC, soit près de 265 milliards de FCFA, restent bloqués dans l’attente d’une conclusion administrative.
la route ngoura-yokadouma, un géant à l’arrêt pour 207 milliards
Un projet domine largement les autres par son ampleur. Le Programme de désenclavement et de connectivité des bassins économiques transfrontaliers, destiné à financer la route Ngoura-Yokadouma dans l’Est du pays, mobilise à lui seul 265,4 millions d’UC, soit environ 207 milliards de FCFA. Cette opération représente plus de 71 % du montant total exposé au risque d’annulation. Approuvée le 18 février 2026, elle n’a toujours pas vu son accord de prêt signé lors de la revue.
Cinq autres initiatives partagent ce blocage administratif. Parmi elles, le Projet d’appui à l’Université panafricaine (phase 2), doté de 3,64 millions d’UC par le Fonds africain de développement (FAD) et validé le 19 décembre 2024. S’ajoutent à cette liste l’étude d’aménagement hydroélectrique de Minkouma sur le fleuve Sanaga (2,994 millions d’UC), le projet d’études de la cité universitaire CUA-Y2 (2,320 millions d’UC) et le programme PROSTABLT de prévention des risques par la stabilisation au lac Tchad (5,095 millions d’UC).
Un septième dossier, d’envergure régionale, complète ce tableau : le projet de facilitation du transport et du commerce, incluant la construction d’un pont sur le fleuve Ntem à la frontière avec la Guinée équatoriale. Approuvé le 29 novembre 2023, il combine un prêt BAD de 39,97 millions d’UC et un prêt FAD de 20 millions d’UC.
parzik2 : 15 mois sans mouvement de fonds
Le septième projet illustre une problématique distincte mais tout aussi problématique. Le Projet d’aménagement des routes de désenclavement de la zone industrielle et portuaire de Kribi, deuxième phase (PARZIK2), dispose d’un accord signé. Pourtant, malgré cette formalité, aucun décaissement n’a été enregistré sur les 34 millions d’UC alloués, soit environ 26,54 milliards de FCFA, après plus de quinze mois. Kribi, maillon clé de la stratégie industrielle et portuaire du Cameroun, se retrouve ainsi dans une situation critique.
des délais d’exécution deux fois supérieurs aux normes
Les chiffres présentés lors de la revue révèlent un dysfonctionnement structurel. Le délai moyen entre l’approbation d’un financement et la signature de l’accord atteint douze mois, alors que la BAD impose un standard de trois mois. Ensuite, seize mois en moyenne sont nécessaires pour l’entrée en vigueur des projets, contre cinq mois attendus. Le premier décaissement intervient après vingt et un mois en moyenne, alors que l’objectif est fixé à douze mois. Près de deux années s’écoulent donc avant qu’un seul franc ne soit engagé sur le terrain.
Le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, Alamine Ousmane Mey, a souligné l’ampleur de ce diagnostic. Il a pointé du doigt la préparation insuffisante des projets, les retards dans les procédures de passation des marchés publics, la faiblesse des unités de gestion et la mobilisation tardive des fonds de contrepartie que l’État doit apporter. Ces retards entraînent des surcoûts et sapent la crédibilité du Cameroun auprès des partenaires financiers.
Depuis ses débuts au Cameroun en novembre 1972, la BAD y a engagé 130 prêts et dons pour un total de 3 345 milliards de FCFA. Le programme 2023-2028 prévoit onze opérations pour un volume d’approbations estimé à 833,8 milliards de FCFA. Pourtant, la transformation de ces engagements en réalisations concrètes reste le point faible de la coopération financière entre Yaoundé et l’institution panafricaine.