Le Trésor public camerounais a mobilisé 800,7 milliards de FCFA sur le marché intérieur au cours du premier semestre 2026, soit près de 1,4 milliard de dollars. Cette annonce, issue de la Conjoncture mensuelle de la dette publique publiée par la Caisse autonome d’amortissement (CAA) en juillet 2026, marque un tournant dans la stratégie de financement de l’État. Bien que ce montant reste élevé à l’échelle de la CEMAC, il reflète un infléchissement marqué des levées sur le marché domestique.
Un ralentissement des émissions de titres publics
Par rapport aux 1 525,9 milliards de FCFA collectés en 2025, le volume enregistré en six mois indique un net ralentissement. Si cette tendance se confirme, le Cameroun pourrait clôturer l’année 2026 autour de 1 600 milliards de FCFA, un niveau similaire à 2025 mais inférieur aux prévisions initiales. Les adjudications de bons et obligations du Trésor, comme les BTA et OTA, semblent avoir été ajustées à la baisse, voire confrontées à une demande plus prudente des investisseurs régionaux.
Plusieurs éléments expliquent cette évolution. La liquidité bancaire en zone CEMAC, souvent liée aux recettes pétrolières et aux réserves de change gérées par la BEAC, reste fragile. De plus, la concurrence accrue entre les émissions souveraines du Gabon, du Tchad et du Congo-Brazzaville pèse sur la capacité d’absorption des banques locales, principaux souscripteurs des titres camerounais.
Des enjeux budgétaires et une gestion délicate de la dette
Ce repli s’inscrit dans un contexte où les autorités camerounaises cherchent à maîtriser le coût du service de la dette intérieure. Les taux appliqués sur les émissions récentes, influencés par la politique monétaire restrictive de la BEAC et une prime de risque accrue, rendent l’arbitrage entre volume et coût de plus en plus complexe. La maturité des titres émis alourdit également le profil de refinancement pour les années à venir.
La CAA, en analysant les besoins de trésorerie, les tombées de dette et les ressources mobilisées, souligne que le Cameroun, en tant que première économie de la CEMAC, joue un rôle clé sur le marché des titres publics. Cette position impose une gestion rigoureuse pour éviter d’alimenter des craintes sur la soutenabilité budgétaire : un ralentissement maîtrisé peut rassurer, tandis qu’un recul involontaire pourrait semer le doute.
Le second semestre 2026, un test décisif
Les prochaines adjudications détermineront l’évolution de l’endettement intérieur. Elles devront composer avec les remboursements à venir et les besoins de financement des projets d’infrastructures et d’énergie. Le ministère des Finances, dirigé par Louis Paul Motaze, mise traditionnellement sur un équilibre entre marché intérieur et financements extérieurs, incluant les appuis du FMI et de la Banque mondiale.
Pourtant, la question de l’attractivité du marché financier sous-régional reste ouverte. La Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) peine à rivaliser avec des places comme la BRVM en Afrique de l’Ouest. Dans ce cadre, la capacité du Cameroun à élargir sa base d’investisseurs, en attirant des fonds panafricains ou des institutionnels non bancaires, sera déterminante pour ses futures levées. Les six prochains mois seront donc cruciaux pour la stratégie de financement domestique de Yaoundé.