Le Cameroun a lancé une opération financière d’envergure pour reprendre le contrôle de la Société Générale Cameroun (SGC), désormais qualifiée d’ex-filiale du groupe bancaire français. Le montant requis pour cette acquisition atteint 432 millions de dollars, soit près de 260 milliards de francs CFA. Cette somme englobe le rachat des parts du groupe parisien ainsi que les fonds nécessaires à la recapitalisation de l’établissement après la transaction. Les autorités camerounaises souhaitent ainsi garantir la continuité des activités de cette banque commerciale majeure du pays.
Un rachat dans le contexte du désengagement européen
Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus vaste de retrait de Société Générale du continent africain. Le groupe français, engagé dans un plan de rationalisation, a déjà cédé plusieurs filiales en Afrique subsaharienne, notamment au Congo, au Burkina Faso, au Tchad et en Mauritanie. Le Cameroun représente l’un des marchés les plus stratégiques de ce portefeuille, en raison du poids économique de Douala et de la maturité du secteur bancaire local. Le départ d’un acteur historique, présent depuis les indépendances, modifie l’équilibre concurrentiel dans la zone Cemac.
À la différence d’autres cessions réalisées au profit de groupes bancaires panafricains, Yaoundé a opté pour l’exercice de son droit de préemption afin de reprendre directement la participation majoritaire. Les autorités justifient ce choix par la volonté de préserver un instrument bancaire jugé essentiel pour le financement des grandes entreprises publiques et des infrastructures. Cette approche contraste avec les pratiques récentes de la sous-région, où les groupes marocains, ivoiriens ou nigérians ont majoritairement repris les portefeuilles abandonnés par les européens.
Les options de financement à l’étude
Le ministère des Finances examine plusieurs solutions pour réunir les 432 millions de dollars nécessaires. Parmi les pistes envisagées figurent le recours au marché régional des titres publics, animé par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), des prêts bilatéraux et des lignes concessionnelles auprès de partenaires multilatéraux. Le dimensionnement de l’opération devra toutefois s’articuler avec les objectifs budgétaires définis dans le cadre du programme conclu avec le Fonds monétaire international.
La question du portage temporaire des parts reste également en suspens. Plusieurs scénarios sont à l’étude, notamment une intervention initiale d’un véhicule public qui céderait progressivement une partie du capital à des investisseurs institutionnels camerounais. Les caisses de retraite, les compagnies d’assurance et certains grands groupes privés locaux pourraient être approchés dans un second temps. Un tel dispositif permettrait de réduire l’engagement du Trésor tout en conservant un ancrage national fort au capital de la banque.
Un enjeu de souveraineté financière régionale
Au-delà de la dimension patrimoniale, cette opération revêt un caractère politique. Elle envoie un signal aux investisseurs et aux partenaires financiers du Cameroun, alors que plusieurs pays d’Afrique francophone cherchent à reprendre le contrôle de leurs leviers bancaires. La Côte d’Ivoire et le Sénégal ont récemment entamé des réflexions similaires sur l’avenir des filiales locales de banques européennes. Si elle aboutit dans les délais annoncés, l’expérience camerounaise pourrait servir de modèle méthodologique pour ces dossiers.
Sur le plan opérationnel, la reprise devra maintenir la notation de l’établissement, ses relations de correspondance bancaire internationale et la confiance de sa clientèle entreprise. La transition de gouvernance constitue un exercice délicat, notamment pour la conformité aux standards prudentiels de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac). Les équipes en place, qui assurent la continuité du service depuis l’annonce de la cession, seront un atout majeur de la nouvelle configuration.
Le calendrier demeure contraignant. L’exécutif camerounais prévoit de finaliser le bouclage financier avant la fin de l’exercice en cours, une condition indispensable pour concrétiser juridiquement le transfert de propriété. L’issue de ce chantier déterminera la crédibilité de la stratégie de souveraineté bancaire portée par Yaoundé.
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