Depuis le renversement du pouvoir en juillet 2023, le Niger traverse une période de turbulences marquées par une érosion constante des libertés fondamentales. En 2025, le pouvoir militaire a durci sa position, ciblant systématiquement les voix dissidentes, qu’il s’agisse de politiciens, de syndicalistes ou de professionnels des médias. L’ancien président Mohamed Bazoum, son épouse, ainsi que plusieurs membres de l’administration déchue, demeurent privés de liberté dans des conditions dénoncées comme arbitraires.
Une insécurité persistante et des civils pris pour cibles
Le pays fait face à une menace terroriste multiforme. Les groupes armés tels que l’État islamique au Sahel (EIS), le GSIM (lié à Al-Qaïda), Boko Haram et l’EIAO déstabilisent les régions de l’ouest et du sud-est. Les violences se sont particulièrement intensifiées dans la zone de Tillabéri, à la jonction des frontières avec le Mali et le Burkina Faso.
Pour contrer cette menace, les autorités ont instauré en août l’initiative « Garkuwar Kassa » (Boucliers de la Patrie). Ce programme de recrutement de volontaires civils soulève de vives inquiétudes quant à l’émergence de milices incontrôlées et aux risques d’exactions contre les populations.
Verrouillage politique et rupture internationale
Le général Abdourahamane Tiani a consolidé son autorité en prêtant serment comme président de transition en mars, sans processus électoral préalable. Parallèlement, un décret a officiellement mis fin au multipartisme, gelant toute vie démocratique pluraliste au Niger.
Sur le plan diplomatique, le Niger s’est éloigné des instances de régulation régionale et internationale :
- Retrait de la CEDEAO aux côtés du Mali et du Burkina Faso, limitant les recours judiciaires des citoyens.
- Annonce du départ de la Cour pénale internationale (CPI), une décision qui fait craindre une impunité accrue pour les crimes de guerre.
Chronologie des massacres perpétrés par les insurgés
L’année 2025 a été marquée par une série d’attaques sanglantes menées par l’EIS, visant délibérément des lieux de culte et des villages isolés dans la région de Tillabéri :
- 21 mars : Massacre de 46 fidèles dans une mosquée à Fambita.
- 13 mai : Incursion meurtrière à Dani Fari, causant la mort de sept personnes.
- 21 juin : Plus de 70 morts lors d’une attaque contre la mosquée de Manda.
- Fin juin : Exécutions sommaires et enlèvements dans les localités d’Abarkaize et Ezzak.
Malgré les alertes des villageois concernant des menaces de représailles liées au refus de payer l’impôt islamique (zakat), l’armée nigérienne a été critiquée pour son manque de réactivité face à ces tragédies.
Répression de la société civile et des libertés publiques
La figure de proue des droits humains, Moussa Tiangari, illustre la sévérité de la répression. Arrêté en décembre 2024 à Niamey, il est poursuivi pour complot contre l’État et risque la peine de mort. Son maintien en détention provisoire, sans procès, est devenu un symbole du musellement de la critique.
La liberté de la presse subit également des assauts répétés :
- Suspension temporaire de Canal 3 TV après des critiques contre le gouvernement.
- Arrestation et détention prolongée de journalistes de Sahara FM à Agadez pour avoir traité de sujets liés à la coopération militaire internationale.
- Expulsion du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) sans motif officiel.
Enfin, le secteur judiciaire n’est pas épargné. La dissolution forcée de quatre syndicats de la justice par le ministère de l’Intérieur a provoqué une grève générale des avocats, dénonçant une atteinte frontale à l’indépendance de la magistrature et au droit d’association au Niger.