une tentative de putsch rapidement maîtrisée à Cotonou
L’Afrique de l’Ouest traverse une période de fortes tensions politiques, marquée par plusieurs coups d’État depuis 2020, notamment au Sahel, en Guinée et en Guinée-Bissau. Au Bénin, la situation a basculé dimanche matin lorsque huit militaires ont annoncé à la télévision nationale la destitution du président Patrice Talon.
Dès l’après-midi, le chef de l’État a rassuré la population en déclarant que la situation était totalement sous contrôle. Cependant, des affrontements violents ont éclaté entre les mutins et les forces loyalistes, faisant plusieurs victimes. Pour rétablir l’ordre, le gouvernement béninois a bénéficié du soutien immédiat de son voisin nigérian, qui a mené des frappes aériennes sur la base militaire de Togbin, où s’étaient retranchés les putschistes. Des troupes au sol ont ensuite permis de reprendre le contrôle de cette position stratégique dans la nuit de dimanche à lundi.
la CEDEAO en première ligne pour préserver la stabilité régionale
Face à cette crise, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a réagi avec fermeté. Dès dimanche soir, elle a annoncé l’envoi de renforts militaires en provenance de quatre pays membres, sans préciser le nombre de soldats déployés, afin de préserver l’ordre constitutionnel et éviter une contagion des violences.
Omar Alieu Touray, président de la Commission de la CEDEAO, a qualifié la région d’« état d’urgence » lors d’une déclaration mardi, évoquant à la fois la menace jihadiste et la multiplication des coups d’État. Douze militaires ont été arrêtés, mais certains putschistes, dont le lieutenant-colonel Pascal Tigri, restent en fuite.
un contexte politique tendu avant l’élection présidentielle
Patrice Talon, au pouvoir depuis 2016, doit quitter ses fonctions en avril 2025 après deux mandats, conformément à la Constitution. Bien que salué pour ses résultats économiques, il est critiqué par certains pour avoir adopté une politique plus autoritaire, alors que le Bénin était autrefois considéré comme un modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest.
Son dauphin, le ministre des Finances Romuald Wadagni, est donné favori pour l’élection, mais le principal parti d’opposition, les Démocrates, a été exclu du scrutin faute de parrainages suffisants. L’ancien président Thomas Boni Yayi, dirigeant des Démocrates, a fermement condamné la tentative de coup d’État en déclarant : « Je condamne avec la dernière rigueur cette attaque sanglante et ignoble que notre pays a subie. »*
Les élections, selon Omar Alieu Touray, sont devenues un facteur majeur d’instabilité dans la région, avec une « érosion grandissante de l’inclusivité électorale » dans plusieurs États membres de la CEDEAO.
le rôle clé de la France dans la coordination régionale
La France, ancienne puissance coloniale, a apporté un soutien politique à la CEDEAO et aux autorités béninoises. Le président Emmanuel Macron a mené des échanges d’informations avec les dirigeants de la région, dont Patrice Talon, le Nigeria et la Sierra Leone, qui assure actuellement la présidence tournante de l’organisation.
Un conseiller de l’Élysée a affirmé : « La France a apporté son plein soutien politique à la CEDEAO, qui a mené un effort très important ce week-end. »