crise politique au Sénégal : quand l’alliance faye-sonko se brise
Le 22 mai dernier, Ousmane Sonko a été écarté de son poste de Premier ministre, plongeant le Sénégal dans une zone d’incertitude politique. Ce renvoi survient après des mois de tensions entre lui et Bassirou Diomaye Faye, tous deux issus du même mouvement et autrefois perçus comme inséparables.
une alliance née dans les salles de classe et les combats communs
Tout commence dans les amphithéâtres des universités dakaroises, où deux étudiants en droit, Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, se lient d’une amitié indéfectible. Leur parcours se rejoint ensuite à l’École nationale d’administration (ENA), où ils forgent une vision partagée du service public. Leur engagement les mène vers une carrière commune d’inspecteurs des impôts, avant de s’unir politiquement.
En 2014, ils fondent ensemble le PASTEF, un parti qui incarne leurs aspirations pour un Sénégal plus juste. En 2022, Faye en devient le secrétaire général, tandis que Sonko se lance dans la course à la présidence. Leur victoire en mars 2024, après des mois de détention et une mobilisation populaire sans précédent, est saluée comme un tournant historique.
À l’époque, leur tandem est présenté comme un duo gagnant : Faye, inconnu du grand public, est propulsé à la tête de l’État grâce au charisme de Sonko, dont la candidature a été invalidée. Pourtant, derrière les sourires et les discours unis, les désaccords commencent à poindre.
des tandems politiques sénégalais condamnés à l’échec
L’histoire politique du Sénégal regorge d’exemples où des alliances solides se sont brisées sous le poids du pouvoir. Le duo Senghor-Dia, figures emblématiques de l’indépendance, a fini par s’effondrer sur des questions de gouvernance et de relations avec l’ancienne puissance coloniale. Plus tard, Wade et Seck, unis par le mot d’ordre sopi (changement), ont vu leur relation se dégrader jusqu’à l’incarcération de ce dernier.
Ces exemples rappellent que les tensions entre partenaires politiques ne sont pas rares, même lorsque les liens personnels semblent solides. La question se pose : Faye et Sonko suivront-ils le même chemin ?
les fissures d’un duo sous tension
Les divergences entre les deux hommes ne sont plus un secret. Depuis leur accession au pouvoir, les désaccords sur la vitesse des réformes, la gestion de l’héritage de l’ancien régime et la stratégie économique alimentent les spéculations.
Sonko, fort de son ancrage populaire, n’a pas hésité à critiquer publiquement le rythme des changements, notamment sur les questions de dette et de relations avec le FMI. Le Tera Meeting, organisé en novembre 2025, a marqué un tournant : une démonstration de force qui a rappelé à tous que Sonko restait le leader charismatique du mouvement.
En réponse, Faye a renforcé son propre camp en s’appuyant sur des figures comme Aminata Touré, ancienne Première ministre de Macky Sall. Ce choix a été interprété comme une volonté d’affirmer son indépendance face à Sonko, dont l’influence grandissante inquiétait.
Les tensions entre les deux hommes reflètent une réalité plus large : Faye, élu président, peine à s’affirmer pleinement face à un Premier ministre qui, lui, aspire à devenir le prochain dirigeant du pays. Une équation impossible à résoudre.
le Sénégal face à une crise sans précédent
Le limogeage de Sonko a ouvert une nouvelle page, mais les questions restent nombreuses. Que va-t-il advenir de la majorité parlementaire, désormais entre les mains de Sonko ? Un président sans soutien politique peut-il gouverner efficacement ?
Les défis du pays, eux, ne disparaissent pas : chômage des jeunes, précarité économique et services publics défaillants. Alors que le pays célèbre deux ans d’alternance, les promesses non tenues risquent de nourrir un mécontentement croissant.
Le duel entre Faye et Sonko occulte une vérité plus profonde : le Sénégal a besoin de stabilité, pas de divisions. Mais jusqu’à quand les Sénégalaises et les Sénégalais devront-ils attendre ?