Crise politique au Sénégal : le président Faye met fin au mandat d’Ousmane Sonko
Le Sénégal entre dans une phase d’incertitudes politiques après l’éviction d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre. Une décision prise par le président Bassirou Diomaye Faye dans un contexte déjà tendu, quelques heures seulement après un échange tendu à l’Assemblée nationale entre l’ex-chef du gouvernement et les députés.
Un conflit ouvert entre le président et l’ex-Premier ministre
À l’hémicycle, Ousmane Sonko n’a pas mâché ses mots pour dénoncer l’existence de fonds politiques opaques. Pourtant, il y a moins d’un mois, le président Faye avait tenté de rassurer sur la stabilité de leur collaboration en déclarant : « Il est mon Premier ministre. Tant qu’il est là, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance. » Une déclaration qui contrastait avec la réalité des tensions croissantes au sommet de l’État.
Dès le lendemain, Ousmane Sonko avait répondu indirectement en s’adressant à ses partisans. Il les avait appelés à renforcer leur mobilisation, insistant sur le fait que le Pastef incarnait avant tout un projet collectif, fondé sur l’abnégation et le service de la nation. Une rhétorique qui met en lumière les divergences idéologiques entre les deux figures du pouvoir.
Un remaniement qui en dit long sur les fractures au sommet
Le président Faye a marqué un tournant en nommant Me Abdoulaye Tine comme porte-parole de la Présidence. Ce dernier, également président des Cadres de la coalition Diomaye Président, succède à Ousseynou Ly, considéré comme un proche d’Ousmane Sonko. Peu après son éviction, Ousseynou Ly a réaffirmé sa loyauté envers le leader du Pastef, soulignant que son engagement restait intact pour le projet de transformation du pays.
Les désaccords portent notamment sur l’avenir de la coalition Diomaye Président. Ousmane Sonko prône sa dissolution, tandis que le président Faye souhaite la maintenir, arguant que cette alliance a été décisive pour sa victoire en 2024.
Un contexte économique préoccupant
Ces tensions surviennent alors que le Sénégal fait face à des défis économiques majeurs. Le ralentissement de l’activité et une dette publique approchant les 132 % du PIB pèsent sur la crédibilité du pays. La dégradation de la signature souveraine du Sénégal, combinée à des difficultés d’accès aux marchés internationaux, complique davantage la situation. L’attente d’un nouvel accord avec le Fonds monétaire international ajoute une pression supplémentaire.
Cette crise politique marque ainsi la fin d’une alliance de près de dix ans entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Ce dernier, empêché de se présenter à l’élection présidentielle de 2024, avait soutenu la candidature de Faye, qui avait remporté le scrutin avec plus de 54 % des voix dès le premier tour.