Les relations entre le Bénin et le Niger connaissent une avancée majeure. La venue d’une délégation nigérienne, conduite par le Premier ministre, lors de l’investiture du nouveau président béninois à Cotonou, marque une volonté claire de tourner la page sur une crise diplomatique débutée après le renversement du président Mohamed Bazoum en juillet 2023. Ce déplacement, chargé de symboles, survient après des mois de tensions frontalières, de déclarations hostiles et d’un conflit pétrolier qui a paralysé une partie de l’économie ouest-africaine.
Un rapprochement diplomatique à haute valeur symbolique
Le geste de Niamey n’est pas anodin. Depuis le coup d’État ayant porté le général Abdourahamane Tiani au pouvoir, les autorités nigériennes accusaient régulièrement Cotonou d’héberger des bases militaires françaises destinées à fragiliser le régime de transition. Malgré les efforts de médiation de Patrice Talon, aucun canal de confiance n’avait pu être rétabli avec la junte. L’arrivée d’une nouvelle équipe à la présidence béninoise offre donc une opportunité que Niamey semble vouloir exploiter sans délai.
L’envoi du chef du gouvernement nigérien, et non d’un simple représentant diplomatique, illustre l’importance accordée à cette transition politique à Cotonou. Dans les chancelleries ouest-africaines, cette initiative est interprétée comme un repositionnement stratégique après le retrait du Niger, du Mali et du Burkina Faso de la CEDEAO et la création de l’Alliance des États du Sahel (AES). Le Niger cherche désormais à renforcer ses alliances sur la côte atlantique.
Le pétrole, cœur des tensions et moteur du rapprochement
Au-delà des considérations politiques, un enjeu économique majeur motive ce dégel. L’oléoduc reliant les gisements d’Agadem, exploités par la China National Petroleum Corporation (CNPC), au terminal de Sèmè-Kpodji, représente la première infrastructure d’exportation des hydrocarbures nigériens. Cet ouvrage de près de 2 000 kilomètres devait permettre au Niger d’exporter jusqu’à 90 000 barils par jour et de renforcer significativement ses recettes budgétaires.
Cependant, la fermeture de la frontière décidée par Cotonou en réponse aux sanctions de la CEDEAO, suivie d’un conflit autour des autorisations de chargement, a profondément perturbé les échanges. Plusieurs incidents, dont l’arrestation de ressortissants nigériens accusés d’avoir pénétré illégalement sur le terminal pétrolier, avaient exacerbé les tensions au printemps 2024. Pour Niamey, dont les finances publiques dépendent désormais largement de cette source de revenus, la normalisation des liens avec son voisin du sud est devenue une priorité absolue.
Une dynamique régionale en pleine évolution
Ce réchauffement des relations dépasse le cadre strictement bilatéral. Il s’inscrit dans une recomposition plus large des équilibres régionaux, où les pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest doivent concilier leur attachement à la CEDEAO avec la nécessité pragmatique de maintenir des échanges économiques avec les régimes sahéliens. Le Togo a déjà fait le choix d’une position médiane. Le Bénin, sous une nouvelle direction, pourrait adopter une approche similaire, en séparant les désaccords politiques des collaborations opérationnelles.
La dimension sécuritaire restera un point central des futurs échanges. La zone frontalière commune, sous la menace des groupes jihadistes affiliés à l’État islamique au Grand Sahara et au Jama’at Nasr al-Islam wal-Muslimin, exige une coopération minimale entre les forces armées des deux pays. Sans partage de renseignements, les parcs nationaux du W et de la Pendjari continuent de servir de refuges aux groupes armés. Il reste à savoir si le nouvel exécutif béninois sera prêt à rétablir un dialogue militaire interrompu depuis plus de deux ans.
Concrètement, les prochains mois détermineront si cette ouverture diplomatique débouche sur des actions concrètes : réouverture totale de la frontière, reprise des chargements pétroliers, rétablissement d’une représentation diplomatique à part entière. Les acteurs économiques des deux pays attendent des signes tangibles après deux années d’incertitude coûteuse. Selon les informations recueillies sur place, la délégation nigérienne s’est rendue à Cotonou dans l’objectif d’engager un dialogue constructif.