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Diplomatie Niger-Bénin : un rapprochement économique en marche

Un nouveau chapitre s’ouvre pour les relations entre le Niger et le Bénin après près de trois ans de tensions diplomatiques et économiques. La visite du Premier ministre nigérien Ali Lamine Zeine à Cotonou, dimanche dernier, pour la cérémonie d’investiture du président béninois Romuald Wadagni, marque une étape décisive dans la recherche d’un apaisement. Les deux chefs d’État ont évoqué une « nouvelle dynamique » entre leurs pays, laissant entrevoir une possible réouverture progressive des échanges commerciaux à la frontière.

La fermeture prolongée du poste-frontière de Malanville, artère vitale des échanges entre les deux nations, avait été décidée dans un contexte de sanctions régionales contre le Niger. Résultat : les flux de marchandises, d’hydrocarbures et de produits alimentaires ont été redirigés via des pays voisins comme le Burkina Faso ou le Togo, entraînant une hausse considérable des coûts logistiques pour les entreprises des deux rives.

Un impact économique dévastateur

Le port de Cotonou jouait un rôle central dans l’économie nigérienne, dont la dépendance à l’extérieur est structurelle. Son exclusion forcée a lourdement affecté les recettes douanières béninoises et créé des tensions d’approvisionnement pour Niamey, surtout depuis l’ouverture du pipeline d’exportation de pétrole reliant Agadem au terminal béninois de Sèmè-Kpodji. Les désaccords autour de cette infrastructure, gérée en partenariat avec la China National Petroleum Corporation, avaient envenimé les relations entre les deux capitales en 2024.

Les populations frontalières, notamment à Malanville et dans les zones adjacentes, subissent de plein fouet les conséquences de cette fermeture. Les échanges informels, autrefois florissants, se sont repliés vers des voies secondaires, alimentant un marché parallèle difficile à réguler. Un économiste local, ancien conseiller au Niger, rappelle que la réouverture officielle des frontières apporterait un soulagement immédiat aux familles des deux côtés de la frontière.

La sécurité, pierre d’achoppement des négociations

Malgré les signes d’ouverture, les craintes sécuritaires freinent encore le processus. Le Bénin fait face à une montée des groupes armés affiliés à l’État islamique au Sahel et au Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin dans le nord du pays, en particulier dans les parcs nationaux du W et de la Pendjari. Cotonou craint qu’une réouverture mal maîtrisée de Malanville ne facilite le transit de combattants ou le ravitaillement des cellules terroristes dans la zone des trois frontières.

De son côté, le Niger exprime des réserves similaires. Les autorités de transition soupçonnent le Bénin d’abriter des éléments hostiles au nouveau régime, une accusation catégoriquement rejetée par Cotonou. Ces accusations croisées expliquent pourquoi, selon les observateurs, la méfiance persiste face aux risques d’infiltrations, qu’elles soient de nature jihadiste ou politique.

Les enjeux d’un rapprochement sous contrôle

L’arrivée au pouvoir de Romuald Wadagni à Cotonou ouvre une fenêtre d’opportunité. Ancien ministre des Finances reconnu par les institutions internationales, il incarne une approche pragmatique, où les impératifs économiques l’emportent sur les considérations politiques. La reprise des exportations de pétrole nigérien via le terminal béninois représente un enjeu financier majeur, estimé à plusieurs centaines de milliards de francs CFA annuels pour les deux États.

Pourtant, le calendrier reste incertain. Plusieurs conditions doivent être remplies avant toute réouverture complète : mise en place de contrôles renforcés à Malanville, réactivation éventuelle d’une commission mixte de sécurité, et résolution du statut des ressortissants bloqués depuis 2023. Par ailleurs, la sortie du Niger de la Cédéao pour rejoindre la Confédération des États du Sahel, aux côtés du Mali et du Burkina Faso, complexifie davantage le terrain institutionnel. Cette visite historique à Cotonou pourrait cependant être le premier pas concret vers une normalisation.

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