Avec plus de 3 000 cas confirmés et près de 1 500 décès officiellement recensés, l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo continue de s’étendre à un rythme alarmant. Les organisations humanitaires tirent la sonnette d’alarme face à une propagation qui s’accélère, mettant en péril les populations locales et les efforts de contrôle.
Julien Harneis, coordinateur principal des Nations unies pour la lutte contre Ebola, a mis en garde contre une vitesse de propagation exponentielle, précisant que le nombre de cas double tous les 20 jours. Cette accélération dépasse, selon lui, les capacités actuelles de réponse sanitaire.
Pourquoi maintenir les frontières ouvertes ?
Face à cette crise, plusieurs pays avaient instauré des restrictions frontalières, voire des fermetures totales. Le Rwanda, par exemple, avait initialement interdit l’entrée aux voyageurs ayant séjourné en RDC, avant d’opter pour une réouverture partielle sous conditions sanitaires strictes.
L’Ouganda avait également temporairement fermé ses postes-frontières avec la RDC, tout en autorisant le passage des convois humanitaires et des marchandises essentielles. De son côté, le Canada a suspendu l’octroi de certains visas pour les ressortissants ayant séjourné en RDC, en Ouganda ou au Soudan du Sud.
Pourtant, l’ONU insiste sur la nécessité de laisser les frontières ouvertes. Une fermeture systématique risquerait de détourner les populations vers des axes non surveillés, compliquant ainsi la traçabilité des contacts et la distribution des soins.
Conséquences de l’épidémie sur la sécurité alimentaire
L’impact de l’épidémie ne se limite pas à la santé publique. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), la crise sanitaire s’ajoute à une crise alimentaire déjà critique. Dans la province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie, 1,9 million de personnes dépendent désormais d’une aide alimentaire d’urgence.
Butoto Bigiri Naum, responsable de l’ONG Action pour le développement et le bien-être des communautés (UGEAFI), souligne les difficultés rencontrées : « Les restrictions frontalières perturbent les approvisionnements en semences et outils agricoles, aggravant l’insécurité alimentaire. »
Le PAM alerte sur le fait que 2,65 millions de personnes dans les zones touchées par Ebola souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, dont 628 000 en situation d’urgence. Les femmes enceintes et les enfants sont particulièrement vulnérables à la raréfaction des vivres et à la hausse des prix sur les marchés.
L’épidémie aggrave aussi les défis du secteur agricole. La peur de la contagion pousse certains agriculteurs à abandonner leurs terres, menaçant à terme les récoltes et aggravant les risques de famine. Pour limiter ces conséquences, le PAM distribue des vivres aux patients, à leurs proches et aux équipes médicales en première ligne.
Cette aide permet non seulement de soutenir les populations les plus vulnérables, mais aussi de réduire les déplacements non contrôlés en quête de nourriture, favorisant ainsi une meilleure coordination des interventions sanitaires.