Une baisse de près de 97 % de l’impôt sur les sociétés dans le secteur minier gabonais s’invite discrètement dans le budget 2025. Le montant attendu passe de 53,2 milliards à seulement 1,47 milliard de francs CFA, soit un manque à gagner de 51,8 milliards pour l’État. Aucun autre secteur économique ne subit une telle révision, soulignant l’ampleur exceptionnelle de cet ajustement.
Une perte budgétaire qui redéfinit la stratégie extractive du Gabon
Avec le manganèse, le bois et le pétrole, les ressources minières forment le socle de la diversification économique du Gabon. Le pays se classe au deuxième rang mondial pour ce minerai, principalement extrait dans le Haut-Ogooué par des groupes comme la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale du géant français Eramet, et Nouvelle Gabon Mining. Depuis le coup d’État de 2023 et l’avènement du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), les autorités ont insisté sur la nécessité d’augmenter les recettes fiscales issues des concessions minières. Pourtant, les comptes publics révèlent l’inverse : une baisse drastique des prévisions fiscales.
Plusieurs éléments expliquent cette chute. Les cours du manganèse ont chuté sur les marchés internationaux depuis la seconde moitié de 2024, après un pic causé par un incendie dans une mine en Australie. Cette dégringolade a réduit les marges des exploitants au Gabon, diminuant leur base imposable. Cependant, l’écart entre les prévisions initiales et les réalités budgétaires interroge sur la précision des hypothèses retenues lors de l’élaboration de la loi de finances.
Transparence et rente minière : un équilibre fragile
Cette réduction de 51,8 milliards de francs CFA intervient dans un contexte où le Gabon a réintégré l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), après plusieurs années d’absence. Ce montant équivaut à plusieurs mois de salaires de la fonction publique pour certains ministères. Pourtant, il survient alors que Libreville négocie un nouveau programme avec le Fonds monétaire international pour stabiliser ses finances, dans un contexte de tensions sur la liquidité et de recours accru aux marchés régionaux de la Beac pour couvrir les dépenses courantes.
Les experts locaux pointent une contradiction entre les déclarations publiques et les réalités budgétaires. Dès l’automne 2023, les autorités de transition avaient promis une révision en profondeur des conventions minières et pétrolières, avec pour objectif de renégocier les régimes fiscaux jugés avantageux pour les multinationales. Deux ans plus tard, l’impôt sur les sociétés du secteur minier ne représente que 3 % de l’objectif initial, sans qu’aucune explication officielle ne soit fournie sur les raisons de ce revirement.
Un choix fiscal aux conséquences stratégiques
Cette décision intervient à un moment clé pour le Gabon. Le pays doit prochainement publier son cadre budgétaire pluriannuel et faire des choix cruciaux entre la poursuite des grands projets d’infrastructures et la maîtrise de son déficit. Une perte de 51,8 milliards de francs CFA oblige le gouvernement à revoir ses priorités, soit en réduisant les dépenses, soit en augmentant l’endettement intérieur. Les partenaires internationaux examineront avec attention la manière dont l’exécutif justifiera cet écart devant le Parlement de transition.
Pour les entreprises minières, cette baisse fiscale représente un soulagement temporaire dans un contexte de cours défavorables. Cependant, elle alimente aussi les débats nationaux sur la répartition équitable des richesses minières. La prochaine loi de finances 2026, attendue à l’automne, devra éclairer si cet ajustement relève d’un ajustement ponctuel ou d’un changement durable dans la fiscalité minière gabonaise.