L’arrestation musclée et la détention prolongée de l’infirmière Salomay Bafoh Awiti continuent de susciter de vives réactions au Ghana. Alors que le pays était reconnu pour ses traditions démocratiques et son respect de l’État de droit, cette affaire met en lumière les dérives des agences de sécurité et l’usage excessif de la force publique. Les révélations de son avocat, Me Enoch Afoakwa, ont déclenché une onde de choc politique et judiciaire, remettant en cause les pratiques des forces de l’ordre et la protection des libertés individuelles.
Retour sur les faits : une arrestation nocturne qui scandalise
Dans la nuit de samedi dernier, aux alentours de 23 heures, des agents de sécurité lourdement armés ont fait irruption au domicile de Salomay Bafoh Awiti, infirmière diplômée exerçant à l’hôpital d’Abetifi, à Techiman. Menottée devant ses proches sous prétexte de transactions financières suspectes via Mobile Money et de diffusion de vidéos jugées offensantes, elle a été emmenée vers une destination inconnue. Ses trois enfants mineurs, âgés de 4 et 15 ans, ont été laissés sans assistance. Pendant plus de 48 heures, sa famille et ses avocats se sont heurtés à un mur de silence : ni le Ghana Police Service, ni le National Security Secretariat, ni le BNI n’ont confirmé son lieu de détention, en violation du délai constitutionnel de garde à vue.
Des accusations graves et des droits bafoués
Après un véritable parcours du combattant, Me Enoch Afoakwa a retrouvé sa cliente transférée au Criminal Investigations Department (CID) à Accra. L’avocat dénonce des interrogatoires abusifs, l’infirmière ayant été poussée à témoigner sans la présence de ses conseils. Présentée devant le tribunal de circuit, l’affaire a pris une tournure politique lorsque le parquet a évoqué une prétendue conspiration visant à renverser le gouvernement, en complicité avec un intermédiaire virtuel. La défense juge cette accusation extravagante et pointe l’absence de feuille de charges avant l’audience. « Nous sommes de retour aux heures les plus sombres de notre histoire », s’est indigné Me Afoakwa, dénonçant une violation systématique des garanties constitutionnelles.
Réactions et perspectives : un test pour la démocratie ghanéenne
L’affaire provoque un tollé au Parlement, où la majorité présidentielle du New Patriotic Party (NPP) et ses figures juristes, comme le député et avocat Me Nana Agyei Baffour Awuah, subissent la pression de la société civile et des organisations de défense des droits humains. Tandis que certains parlementaires défendent la fermeté des institutions sur les questions de sécurité nationale, l’opinion s’interroge sur la frontière de plus en plus floue entre lutte contre la criminalité et instrumentalisation de la justice à des fins d’intimidation politique. Face aux protestations grandissantes du corps médical et des collectifs de libertés civiles, le tribunal a ajourné la séance pour contraindre le parquet à formaliser ses accusations. Ce dossier dépasse le cas individuel de Mlle Awiti pour devenir un test crucial de la résistance de la démocratie ghanéenne face aux tentations de l’arbitraire étatique.