Un dénouement diplomatique majeur se profile dans les semaines à venir concernant le différend frontalier autour de l’île Mbanié, un contentieux qui a tendu les relations entre le Gabon et la Guinée équatoriale depuis les années 1970. Le 9 juillet, Albert Shingiro, émissaire spécial de la Commission de l’Union africaine (UA) et ancien ministre des Affaires étrangères du Burundi, a été reçu au palais présidentiel de Libreville par le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema. Sa présentation des avancées a été accueillie avec optimisme par les deux capitales. La médiation continentale, active depuis de nombreuses années, semble désormais sur le point de concrétiser un accord bilatéral formel.
Une querelle territoriale enracinée dans l’ère post-coloniale
L’îlot de Mbanié, s’étendant sur une trentaine d’hectares dans la baie de Corisco, est depuis des décennies le point focal des tensions entre Libreville et Malabo. Sa taille modeste ne doit pas masquer son importance stratégique : il détermine la délimitation de la frontière maritime et, par extension, la distribution des zones offshore susceptibles de receler d’importantes réserves d’hydrocarbures. Après que le Gabon a établi un contrôle militaire sur l’île en 1972, la Guinée équatoriale n’a cessé de contester cette occupation. Malgré leur appartenance commune à la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), les deux nations ont souvent cherché à résoudre ce litige bilatéralement, mais sans succès durable.
Devant l’impasse persistante, les deux gouvernements ont sollicité l’intervention des Nations unies en 2003. Le dossier a ensuite été graduellement transféré à un processus de médiation sous l’égide de l’Union africaine. Un accord d’arbitrage a même été présenté à la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye, laquelle a examiné en 2024 la légitimité des revendications juridiques de chaque partie. C’est précisément dans cette phase, mêlant démarches judiciaires et pourparlers politiques, que la diplomatie africaine a su reprendre l’initiative.
La médiation africaine à l’heure des derniers arbitrages
Les informations communiquées par Albert Shingiro indiquent que les pourparlers techniques entre les délégations du Gabon et de la Guinée équatoriale ont permis de surmonter les obstacles les plus délicats. Le projet d’accord en cours d’élaboration se concentre sur des aspects cruciaux : la souveraineté de l’île de Mbanié, la démarcation des zones maritimes contiguës, et les modalités d’une éventuelle exploitation collaborative des richesses sous-marines. L’objectif de la mission de l’émissaire de l’UA était d’obtenir l’approbation politique finale du président Oligui Nguema pour ces arbitrages, ultime étape avant la signature officielle.
Pour le gouvernement de transition gabonais, en place depuis le 30 août 2023, la finalisation de cet accord frontalier Gabon Guinée équatoriale constituerait un succès diplomatique de première importance. Le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) s’efforce de renforcer sa reconnaissance internationale, notamment après la suspension du pays des organes de l’Union africaine. Mettre un terme à un litige cinquantenaire avec un État voisin stratégique conférerait à Libreville un avantage politique considérable, tant au niveau régional qu’auprès de la communauté internationale.
Des enjeux énergétiques et sécuritaires en toile de fond
Au-delà de sa portée symbolique, l’accord imminent porte en lui des répercussions économiques significatives. Les fonds marins autour de Mbanié sont potentiellement riches en hydrocarbures, et bien que l’évaluation de ces réserves soit encore incertaine, leur exploitation dépend impérativement d’une définition claire des zones économiques exclusives. La Guinée équatoriale, qui observe un déclin de sa production pétrolière depuis plus de dix ans, perçoit cette résolution comme une chance de revitalisation économique. De son côté, le Gabon, qui poursuit une stratégie de diversification énergétique et fait face à une stagnation de sa production offshore, y voit également un avantage mutuel.
La nécessité de sécuriser le golfe de Guinée, une région vulnérable à la piraterie maritime et aux trafics illégaux, représente une autre raison d’accélérer ce processus. Un litige territorial non résolu entrave la collaboration militaire et douanière entre les deux pays. La finalisation de cet accord devrait simplifier la mise en œuvre d’opérations conjointes et le partage d’informations cruciales au sein d’un espace maritime vital pour le transport des hydrocarbures d’Afrique de l’Ouest. Il reste maintenant à déterminer la date précise de la signature et le cadre de la cérémonie, qu’elle se tienne à Libreville, à Malabo lors d’un sommet bilatéral, ou à Addis-Abeba sous l’égide de l’Union africaine.