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Impunité en RDC : les coulisses d’une mobilisation citoyenne hors norme pour briser le silence

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Le vrai visage de l’impunité congolaise : entre victimes oubliées et bourreaux intouchables

En République Démocratique du Congo, des générations entières ont grandi sous le poids des conflits armés. Pourtant, derrière les statistiques froides des victimes se cache une réalité encore plus cruelle : l’impunité systématique des auteurs de crimes graves. Une campagne citoyenne inédite, portée par des millions de Congolais, met aujourd’hui en lumière les rouages d’un système qui protège les responsables plutôt que les victimes.

Avec six millions de signatures recueillies, la mobilisation « 6 millions de voix pour la justice au Congo » ne se contente pas de dénoncer. Elle révèle les dessous d’une justice défaillante, où les victimes, au lieu d’être entendues, se retrouvent face à des bourreaux toujours en poste, voire promus. Une révélation qui interroge : comment un pays peut-il espérer la paix quand ses institutions abritent ceux qui devraient être jugés ?

Des personnes déplacées par les combats entre les rebelles du M23 et les forces gouvernementales à Goma, en République démocratique du Congo.

Des vies brisées, des bourreaux intouchables : le paradoxe congolais

Noël Chiza incarne cette génération sacrifiée. Né et grandi à Goma, dans l’est de la RDC, il n’a jamais connu la paix. À 37 ans, cet homme, père de cinq enfants, porte les cicatrices de décennies de violence. Pourtant, au lieu de voir ses bourreaux traduits en justice, il les observe aujourd’hui occuper des postes stratégiques au sein des institutions publiques.

« Nous naissons en guerre, nous vivons en guerre, et nous risquons même de mourir en guerre. Comment expliquer que ceux qui nous ont infligé ces souffrances soient récompensés par des responsabilités politiques, locales ou nationales ? », s’interroge-t-il, amer.

Son témoignage résume l’absurdité d’un système où l’impunité devient la norme. Les victimes, elles, restent invisibles, tandis que les criminels bénéficient d’une protection qui semble indéfectible.

Des membres du Mouvement du 23 mars (M23) à Uvira, en République démocratique du Congo, en janvier 2026.

Des millions de victimes, une seule demande : justice

La campagne « 6 millions de voix pour la justice au Congo » ne se contente pas de mobiliser. Elle donne une voix à ceux que l’histoire officielle oublie. Les six millions de signatures visées ne représentent pas seulement le nombre de morts estimés dans les conflits de l’est de la RDC. Elles symbolisent aussi les millions de survivants, dont les vies ont été brisées.

Josué Wallay fait partie de ces invisibles. Déplacé de force à Kinshasa, il a tout perdu : sa communauté, son travail, ses repères. « Ce déplacement n’est pas un choix, mais une nécessité imposée par la violence. Les conflits m’ont tout pris : ma stabilité, mon quotidien, mon sens de l’existence. Aujourd’hui, je suis un homme sans terre, sans futur clair », confie-t-il.

L’impunité, un mal qui ronge la société congolaise

Pour Raphaël Wakenge, défenseur des droits humains et acteur clé de cette mobilisation, l’impunité n’est pas une simple faille du système judiciaire. C’est une stratégie qui maintient la RDC dans un cycle sans fin de violence.

« La justice congolaise souffre d’un double problème : un manque criant de moyens et une absence totale de volonté politique. Nous exigeons des réparations pour les victimes. Nous exigeons des comptes. Et nous appelons chaque citoyen congolais à se joindre à notre combat », déclare-t-il avec conviction.

Parmi les revendications phares de la campagne figure la proposition de faire du 1er octobre une « Journée nationale de réflexion et d’action sur les crimes de droit international commis en RDC ». Une initiative destinée à rappeler au pays que la mémoire des victimes ne peut être sacrifiée sur l’autel de la Realpolitik.

Justice et paix : deux piliers indissociables

Cette mobilisation citoyenne va au-delà de la dénonciation. Elle pose une question fondamentale : une paix durable est-elle possible sans justice ? Les experts sont unanimes : l’impunité nourrit les conflits. En RDC, où les violences se sont succédé depuis plus de trente ans, la réponse semble évidente.

Les millions de signatures recueillies sont plus qu’un chiffre. Elles représentent une révolte contre un système qui a trop longtemps protégé les criminels au détriment des victimes. Une révolte qui pourrait, enfin, changer la donne.

Car dans l’est de la RDC, comme ailleurs dans le pays, la paix ne se décrète pas. Elle se construit, pierre par pierre, à travers la justice.

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