Une journée pour les victimes de torture, un combat impossible en République centrafricaine
En République centrafricaine (RCA), chaque 26 juin, la Journée internationale pour les victimes de torture rappelle l’horreur des exactions commises dans l’ombre. Pourtant, dénoncer ces crimes est devenu un acte suicidaire. Entre les mercenaires de Wagner, les Forces armées centrafricaines (FACA) et les forces de l’ordre, un empire criminel étouffe toute velléité de justice. Les bourreaux, protégés par l’impunité, affichent leurs forfaits comme des trophées sur les réseaux sociaux, tandis que les victimes, réduites au silence, crient dans le vide.
Les autorités centrafricaines, loin de sanctionner ces agissements, nier les preuves en les qualifiant de « montages ». Les victimes, accusées d’être des « ennemis de la Centrafrique », n’ont d’autre choix que de subir en silence. Dans ce climat de terreur, où la justice est un leurre, porter plainte équivaut à signer son arrêt de mort.
Bangui : Yarkokpa, l’homme qui terrorise en uniforme
À Bangui, le commandant Môn Gervais Simplice Yarkokpa incarne cette impunité. Officier de la garde présidentielle, il dirige un véritable réseau criminel avec une arrogance inouïe. En 2025, il a passé à tabac le policier Ouadole Freddy, menotté et battu à coups de machette à l’aéroport de Bangui-Mpoko pour avoir révélé ses trafics de drogue. En août 2023, il a fait emprisonner sans preuve deux soldats, Dongomalé Dieubeni et Selekoy Tanguy, avant de les faire radier grâce à ses liens avec le ministre de la Défense.
Plus récemment, il a ciblé Jefté Ngaïndiro, un jeune du quartier Combattant. Accusé à tort de vol, ce dernier a été enlevé, torturé et dépouillé de ses biens. Relâché sans recours, il illustre le sort de milliers de Centrafricains broyés par un système où l’uniforme sert de bouclier à la criminalité.
Zémio : la répression s’étend aux témoins
Dans la ville de Zémio, la terreur est tout aussi palpable. Tisso René, conseiller municipal et professeur d’histoire-géographie, a été enlevé le 15 mai 2025 par des gendarmes et des FACA, avant d’être remis à des mercenaires de Wagner. Depuis, il a disparu, probablement victime d’une exécution sommaire. Quand son fils Tisso Grâce, revenu de RDC, a dénoncé son enlèvement sur une radio locale, il a été capturé et torturé « presque à mort ». Les autorités cherchent désormais à faire taire les témoins pour étouffer la vérité.
Une justice fantôme, un gouvernement complice
À Bangui, les plaintes contre Wagner et les FACA s’accumulent sans jamais aboutir. Un greffier avoue : « On ne peut pas traiter ces dossiers. Ils sont classés confidentiels. » Le gouvernement, loin de protéger ses citoyens, protège les bourreaux qu’il a lui-même invités. Les vidéos de tortures, comme celle montrant un jeune Centrafricain battu à Ippy en février 2025, sont qualifiées de « montages » par les autorités. En 2024, Wagner a même décapité deux hommes, filmant leurs corps, sans que Bangui ne réagisse.
Yarkokpa, l’architecte d’un réseau criminel
Yarkokpa n’est pas un simple tortionnaire : il est le cerveau d’un vaste empire criminel. Ancien milicien anti-balaka, il a intégré la gendarmerie malgré son analphabétisme, et contrôle des trafics de drogue, d’alcool frelaté et de faux billets. En 2024, il a dérobé 800 millions de FCFA en or et diamants à deux négociants lors d’une perquisition frauduleuse. Ses victimes, comme l’adjudant Kparambéti, emprisonné pour avoir osé le dénoncer, n’ont aucune chance face à son impunité.
Un peuple sous l’emprise de la peur
En Centrafrique, dénoncer la torture est un acte de courage insensé. Wagner, les FACA et Yarkokpa règnent en maîtres, protégés par un gouvernement qui nie leurs crimes. Les victimes – Tisso René, Tisso Grâce, Jefté Ngaïndiro, Ouadole Freddy – sont abandonnées, leurs cris étouffés par la peur et l’indifférence. Dans ce pays où la justice est un mirage, une question persiste : qui osera enfin parler pour les suppliciés ?