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Le Gabon se positionne comme un hub stratégique de la zlecaf

Libreville – L’Afrique entre dans une nouvelle ère économique. Après des décennies de fragmentation héritée de la colonisation, le continent s’engage dans la construction du plus grand marché intégré au monde en nombre de pays participants.

Dans ce contexte, l’audience accordée vendredi à Libreville par le président Brice Clotaire Oligui Nguema au secrétaire général de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF), Wamkele Mene, dépasse la simple rencontre institutionnelle. Elle traduit une ambition stratégique : faire du Gabon un acteur clé de la nouvelle architecture économique africaine.

Alors que les grandes puissances mondiales redéfinissent leurs chaînes d’approvisionnement et que les blocs régionaux accélèrent leur intégration, la question n’est plus de savoir si l’Afrique doit commercer davantage avec elle-même, mais comment chaque nation peut se positionner dans cette transformation historique.

Un marché de 1,4 milliard de consommateurs

Avec plus de 1,4 milliard d’habitants et un PIB cumulé de plus de 3 000 milliards de dollars, la ZLECAF est l’un des projets économiques les plus ambitieux du XXIe siècle. Son objectif est simple : supprimer progressivement les barrières douanières pour stimuler les échanges intra-africains.

Pourtant, malgré ce potentiel, l’Afrique reste l’une des régions du monde où le commerce entre pays voisins est le plus faible. Le commerce intra-européen dépasse 60 % des échanges du continent, et celui de l’Asie avoisine 50 %, tandis que l’Afrique peine à franchir les 15 %. C’est ce retard que la ZLECAF entend combler.

Les discussions entre le chef de l’État gabonais et Wamkele Mene ont porté sur les mécanismes permettant au Gabon de tirer pleinement parti de cette ouverture continentale : modernisation des douanes, amélioration des infrastructures frontalières, adaptation des cadres réglementaires et renforcement des institutions.

Nkok, l’atout industriel gabonais

Le secrétaire général de la ZLECAF a particulièrement mis en avant un avantage stratégique souvent sous-estimé : la Zone Économique Spéciale de Nkok. En quelques années, cette plateforme est devenue l’un des principaux pôles industriels d’Afrique centrale, accueillant des dizaines d’entreprises spécialisées dans la transformation du bois, la métallurgie et l’industrie manufacturière.

Nkok illustre la volonté du Gabon de sortir d’un modèle fondé sur l’exportation de matières premières brutes pour privilégier la création de valeur locale. Cette orientation correspond parfaitement à l’esprit de la ZLECAF, car la réussite de la libre circulation des marchandises dépendra moins de l’exportation de ressources naturelles que du développement d’une base industrielle compétitive.

La position géographique du Gabon est également un atout majeur. Situé au cœur du golfe de Guinée, doté d’infrastructures portuaires modernes et impliqué dans plusieurs projets logistiques d’envergure, le pays dispose des atouts nécessaires pour devenir une plateforme régionale d’échanges.

La transformation comme doctrine économique

Lors de l’audience, Brice Clotaire Oligui Nguema a réaffirmé les grandes orientations du Plan National de Croissance et de Développement, reposant sur trois piliers : la transformation locale des ressources, la diversification de l’économie et l’accélération de la transition numérique.

Cette stratégie marque une rupture avec les modèles économiques traditionnels basés exclusivement sur l’exploitation des matières premières. Elle prépare le pays aux nouvelles exigences de la compétition mondiale. Car l’enjeu véritable de la ZLECAF ne se limite pas à réduire les droits de douane, mais à faire émerger des économies africaines capables de produire, transformer, innover et exporter à grande échelle.

L’entretien entre le président gabonais et le secrétaire général de la ZLECAF intervient à un moment décisif. Le continent dispose désormais d’un cadre juridique commun. Reste à transformer cette ambition politique en réalité économique. Pour le Gabon, la question est stratégique : le pays ne cherche plus seulement à participer à la libre circulation des marchandises, il ambitionne d’en devenir l’un des principaux bénéficiaires. La ZLECAF ouvre une porte vers un marché continental inédit, mais seuls les États capables d’anticiper les mutations industrielles, logistiques et numériques pourront en récolter les dividendes. Libreville semble avoir choisi d’être parmi eux.

Le Gabon se positionne comme un hub stratégique de la zlecaf
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