le président Faye mise sur l’expertise technique dans les mines et pétroles
Depuis quelques semaines, le Sénégal assiste à un bouleversement stratégique au sein de ses entreprises publiques stratégiques. Le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, a décidé de recentrer la gouvernance des secteurs extractifs sur des compétences techniques, marquant ainsi une rupture avec les pratiques politiques des années précédentes.
un virage stratégique dans la gestion des ressources naturelles
Le 1er juillet 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a opéré un remaniement sans précédent à la tête de deux entités clés : la Société nationale des pétroles du Sénégal (Petrosen Holding) et la Société des Mines du Sénégal (Somisen). Ces changements s’inscrivent dans une volonté affichée de moderniser la gestion des ressources naturelles du pays, tout en envoyant un signal fort aux investisseurs internationaux.
Les nouveaux dirigeants nommés à ces postes stratégiques se distinguent par leur parcours technique et leur expérience sectorielle. Thierno Seydou Ly, ingénieur pétrolier ayant précédemment travaillé chez TotalEnergies, prend désormais la tête de Petrosen Holding. De son côté, Mamady Touré, ingénieur géologue spécialisé dans les géosciences et les mines, est nommé à la direction de Somisen. Ces profils tranchent avec leurs prédécesseurs, Alioune Gueye et Ngagne Demba Touré, dont les nominations étaient davantage liées à leur engagement politique au sein du Pastef.
la fin d’une ère politique dans les entreprises publiques
Le départ d’Alioune Gueye, ancien coordonnateur du Pastef aux États-Unis, et de Ngagne Demba Touré, ex-responsable de la jeunesse patriotique du parti, marque la fin d’une période où les nominations dans les entreprises publiques étaient largement influencées par des considérations politiques. Les deux responsables ont appris leur éviction via la presse, sans communication officielle préalable de la présidence.
Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre le président de la République et le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko. Les deux responsables sortants étaient perçus comme des fidèles de Sonko, et leur départ est interprété comme une conséquence directe de ces tensions. Cette situation contraste fortement avec les débuts du quinquennat, lorsque Bassirou Diomaye Faye avait laissé une grande liberté à Sonko pour proposer des cadres du Pastef à des postes clés.
une stratégie pour rassurer les investisseurs et relancer l’économie
Le choix de profils techniques pour diriger Petrosen Holding et Somisen vise plusieurs objectifs. D’abord, renforcer la crédibilité du Sénégal auprès des partenaires internationaux, dans un contexte de révision des contrats extractifs signés sous l’administration précédente. Ensuite, garantir une gestion plus transparente et professionnelle des ressources naturelles, essentielle pour attirer de nouveaux investissements.
Les deux nouveaux dirigeants, Thierno Seydou Ly et Mamady Touré, sont reconnus pour leur expertise et leur approche diplomatique. Leur nomination envoie un message clair : le gouvernement mise sur la compétence technique plutôt que sur l’affiliation politique pour piloter les secteurs stratégiques du pays. Cette orientation pourrait également faciliter les négociations en cours avec les multinationales du secteur, tout en consolidant la souveraineté économique du Sénégal.
quelles seront les prochaines cibles de cette réforme ?
Selon les observateurs, d’autres entreprises publiques pourraient faire l’objet de remaniements similaires dans les mois à venir. Waly Diouf Bodiang, directeur général du Port autonome de Dakar, et Fadilou Keïta, à la tête de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), sont mentionnés comme des cibles potentielles en raison de leur proximité avec Ousmane Sonko. Leur éventuel remplacement s’inscrirait dans une logique de dépolitisation des institutions économiques du pays.
Alors que le Sénégal cherche à renforcer son attractivité économique et à affirmer sa souveraineté, cette réforme des secteurs extractifs pourrait bien marquer le début d’une nouvelle ère, où l’expertise prime sur les alliances politiques.