Le Gabon dévoile un ambitieux programme économique pour les cinq prochaines années. Pour concrétiser son Plan national de croissance et de développement (PNCD) couvrant la période 2026-2030, le gouvernement gabonais mise sur une mobilisation record de 27 000 milliards de francs CFA. Parmi ce montant, 18 000 milliards proviendront exclusivement du secteur privé, tandis que la part publique s’élèvera à environ 9 000 milliards. Cette répartition reflète une volonté affirmée de transformer structurellement l’économie nationale, désormais portée par un pouvoir constitutionnel en place depuis avril 2025.
le secteur privé, acteur central du développement économique
L’architecture financière retenue consacre le rôle majeur du capital privé. En confiant près des deux tiers du financement du PNCD aux entreprises privées, Libreville s’aligne sur les modèles adoptés par plusieurs économies de la CEMAC. Cette approche place les investisseurs internationaux, les fonds souverains africains et les multinationales du secteur extractif au cœur du processus. Cependant, sa réussite dépendra d’une amélioration significative du climat des affaires.
Malgré ses ressources naturelles comme le pétrole, le manganèse et le bois, le Gabon peine à diversifier son économie. Les contraintes structurelles, telles que la complexité des procédures douanières, la fiscalité peu incitative et l’insécurité foncière, ont été identifiées comme des freins majeurs à l’attractivité du pays. Les institutions internationales ont maintes fois souligné la nécessité d’élargir l’assiette fiscale et de sécuriser les investissements pour attirer durablement les capitaux étrangers.
la relance du haut conseil pour l’investissement, un levier stratégique
Pour renforcer le dialogue entre l’État et les acteurs économiques, le gouvernement a décidé de relancer le Haut conseil pour l’investissement (HCI). Cette instance, autrefois centrale dans le dialogue public-privé, avait perdu de son influence sous le précédent régime. Sa réactivation marque la volonté du président Brice Clotaire Oligui Nguema de instaurer un cadre institutionnel clair, garantissant aux investisseurs une stabilité réglementaire et une prévisibilité des règles.
Le HCI aura pour mission de faire le lien entre les besoins identifiés par les ministères sectoriels et les capacités d’investissement des grandes entreprises privées présentes au Gabon. Les acteurs miniers, comme la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale du groupe Eramet, ainsi que les opérateurs du bois transformé, seront particulièrement sollicités. Par ailleurs, des institutions financières panafricaines, telles qu’Afreximbank et la Banque africaine de développement, pourraient jouer un rôle clé dans le financement des infrastructures, de l’énergie et du numérique.
un pari financier ambitieux sous haute surveillance
L’objectif de 18 000 milliards de francs CFA sur cinq ans, soit une moyenne annuelle de 3 600 milliards, représente une progression significative par rapport aux plans précédents. À titre d’exemple, le Plan stratégique Gabon émergent (PSGE) n’a atteint qu’une partie de ses objectifs d’investissement direct étranger, en raison notamment de la baisse des cours des matières premières entre 2014 et 2016 et d’un manque de projets bancables. Pour réussir le PNCD, le Gabon devra donc accélérer la maturation de ses projets et offrir des garanties solides aux investisseurs.
La situation budgétaire du pays ajoute une contrainte supplémentaire. Avec une dette publique proche du seuil communautaire de 70 % du PIB, les marges de manœuvre de l’État se réduisent, rendant les partenariats public-privé (PPP) indispensables. Les mécanismes de financement innovants, tels que les concessions, les contrats de performance énergétique et les fonds dédiés, devront être au cœur de la stratégie financière du plan.
La réussite du PNCD dépendra également de l’efficacité de l’administration. La simplification des procédures, la digitalisation des démarches administratives et la lutte contre la corruption sont des priorités pour les opérateurs économiques. Sans avancées concrètes sur ces fronts, le risque de décalage entre les annonces et les investissements réels persistera.
Le Gabon se trouve donc à un tournant. Ce plan économique déterminera en grande partie la crédibilité du pays auprès des marchés financiers et des partenaires internationaux. L’accent mis sur la relance du HCI vise à catalyser les engagements du secteur privé et à concrétiser les ambitions affichées.