La désinflation gagne du terrain au Cameroun, mais la moyenne nationale masque une géographie des prix profondément inégale. Au sein de la zone Cemac, qui regroupe le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Tchad et la République centrafricaine, cinq capitales régionales sur dix affichent un rythme de hausse supérieur au seuil de tolérance de 3% admis dans la zone.
Une inflation à deux vitesses entre les régions camerounaises
Bertoua en tête, avec une progression de 4,2% du niveau général des prix sur les marchés, suivi de Ngaoundéré (3,8%), Bafoussam (3,7%) et Bamenda (3,6%). Yaoundé, la capitale politique, se situe exactement sur la ligne de crête communautaire, à 3%. À l’autre extrémité du spectre, Garoua limite la hausse à 2,1%, devant Douala (2,4%) et Ebolowa (2,6%). Maroua, chef-lieu de l’Extrême-Nord, constitue l’exception la plus frappante avec un recul de 0,7% sur un mois.
Ces écarts tiennent à des facteurs structurels : coûts de transport variables, disponibilité inégale des produits locaux, circuits d’approvisionnement fragmentés et persistance de goulets d’étranglement logistiques dans certaines zones. La trajectoire des prix demeure prisonnière de la géographie économique du pays et de la qualité des infrastructures qui relient bassins de production et marchés urbains.
La prime de risque sécuritaire pèse sur les prix
Au-delà de l’analyse strictement statistique, la carte de l’inflation épouse celle de l’insécurité. Bamenda et Buea, capitales régionales du Nord-Ouest et du Sud-Ouest anglophones, subissent depuis fin 2016 les effets d’un conflit séparatiste qui perturbe la production agricole et les flux commerciaux.
Le paradoxe de Maroua et l’effet naira
Reste que la théorie sécuritaire achoppe sur un cas emblématique. Maroua, capitale de l’Extrême-Nord, est la ville la plus exposée aux exactions de la secte islamiste nigériane Boko Haram depuis 2016. Elle est pourtant la seule des dix grandes villes étudiées à voir ses prix reculer en mai 2026. L’explication la plus plausible tient à la proximité du Nigeria voisin : la dépréciation continue du naira rend les marchandises importées, souvent introduites par des circuits informels, particulièrement compétitives face au franc CFA.