Alors que les célébrations de la pride à Bruxelles battent leur plein en ce 16 mai, marquant trente ans de combat pour la reconnaissance des droits LGBTQIA+, la situation au Sénégal prend une tournure alarmante. À Dakar, le contraste est saisissant : l’adoption d’une nouvelle loi anti-homosexualité vient d’y institutionnaliser une répression brutale, faisant de ce pays l’un des plus hostiles au continent africain pour les personnes concernées.
La réforme promulguée par le président Bassirou Diomaye Faye alourdit considérablement les peines. Désormais, les « actes contre nature » sont passibles de dix ans de prison, contre cinq auparavant. Parallèlement, les amendes ont été multipliées par dix, pouvant atteindre 10 millions de francs CFA, soit plus de 15 000 euros. Ce texte, présenté comme une mesure de « souveraineté nationale » par le Premier ministre Ousmane Sonko, a été adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale sénégalaise le 11 mars 2026, sans la moindre opposition.
Un climat de terreur et d’impunité
Les conséquences sont immédiates. En quelques semaines seulement, plus d’une centaine de personnes soupçonnées d’homosexualité ont été arrêtées. Face à la montée des violences populaires, certains préfèrent encore la prison à la perspective d’être lynchés par des foules en quête de « justice ». « On vit dans la peur permanente. À tout moment, tu crains qu’on vienne t’arrêter. Il faut se cacher, vivre dans l’ombre. Ce n’est pas une vie« , confie un jeune homme sous couvert d’anonymat.
Les témoignages recueillis sur place révèlent une stratégie de diabolisation orchestrée depuis les plus hautes sphères. Des propos comme « Tuer un homosexuel, c’est aller au paradis » ou « L’homosexualité est une maladie que l’on propage délibérément » sont relayés sans discernement, transformant la communauté LGBTQIA+ en bouc émissaire idéal. « On nous a fait croire qu’il faut haïr les homosexuels pour être un bon croyant. Que c’est un choix occidental, incompatible avec nos valeurs », explique un militant local.
Récemment, l’arrestation d’un ingénieur français a marqué un tournant. « Ils ont enfoncé sa porte, l’ont frappé et embarqué sans explication. Personne n’est à l’abri désormais« , s’indigne un de ses proches.
Une manipulation politique derrière la répression
Cette escalade s’inscrit dans une manœuvre claire pour détourner l’attention des difficultés économiques. Le groupe religieux And Sàmm Jikko Yi, qui a milité activement pour l’adoption de cette loi, qualifie les homosexuels de « danger public ». Son président, l’imam Babacar Sylla, n’hésite pas à affirmer, sans preuve, qu’ils « propagent des maladies », tout en affichant son absence totale d’empathie pour la communauté LGBTQIA+.
Cette rhétorique, reprise sans réserve par le gouvernement, sert de base à une campagne de désinformation systématique. En criminalisant l’homosexualité, les autorités cherchent à mobiliser la population autour d’un ennemi commun, tout en évitant de répondre aux critiques sur la gestion de la crise économique.
Un recul dramatique pour les droits humains
La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) a tiré la sonnette d’alarme. « Une telle loi ne protège personne : elle expose les personnes déjà vulnérables à des arrestations arbitraires, des violences et des humiliations« , déclare Drissa Traoré, secrétaire général de l’organisation. Pire encore, cette loi menace la liberté d’expression en criminalisant toute « promotion » ou soutien aux droits LGBTQIA+.
Les conséquences sanitaires sont tout aussi préoccupantes. Les campagnes de dépistage du VIH s’effondrent. « Les gens ont peur d’être vus avec un préservatif ou un lubrifiant. Ils évitent les tests par crainte d’être traqués ou poursuivis. Quand une personne est séropositive, il devient presque impossible de l’amener à se soigner« , confie une source médicale sous anonymat.
Le Sénégal n’est malheureusement pas un cas isolé. En Afrique, 31 des 54 pays criminalisent l’homosexualité. Avec cette nouvelle loi, le pays rejoint le cercle très fermé des États où l’orientation sexuelle peut coûter une décennie de liberté. Pour les personnes concernées, l’exil ou le silence deviennent les seules options viables. Une régression qui marque un tournant sombre sur un continent déjà en proie à une homophobie endémique.