Dans la zone des trois frontières, où se rejoignent le Mali, le Burkina Faso et le Niger, deux groupes armés s’affrontent avec une violence inédite : l’État islamique au Sahel et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Cette guerre, qui s’intensifie depuis plusieurs semaines, laisse derrière elle des centaines de victimes et une question cruciale : que reste-t-il des promesses de sécurité des juntes militaires au pouvoir ?
Une guerre jihadiste qui bouleverse le quotidien des civils
Les affrontements entre l’État islamique au Sahel et le JNIM ne se limitent plus aux seuls combats contre les armées nationales. Les deux groupes se disputent désormais le contrôle des territoires, des axes routiers et des ressources, transformant les populations locales en cibles collatérales. Déplacements forcés, restrictions de mouvement et paralysie économique : pour les habitants des régions isolées, la survie devient un combat quotidien, loin des discours officiels sur la sécurité.
Mali, Burkina Faso, Niger : l’échec relance les doutes sur la légitimité des juntes
Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les régimes militaires ont bâti leur légitimité sur la promesse de rétablir la sécurité et de reconquérir les territoires perdus. Mais les violences persistantes dans la zone des trois frontières posent une question embarrassante : comment justifier les changements politiques et militaires au nom de la sécurité lorsque les populations continuent de vivre sous la menace des groupes armés ?
La souveraineté d’un État se juge aussi à sa capacité à protéger ses citoyens. Un régime doit non seulement affirmer son indépendance sur la scène internationale, mais aussi garantir aux populations un minimum de tranquillité. Pourtant, dans cette région, les habitants subissent des restrictions de circulation, une insécurité permanente et l’effondrement des services publics. La promesse de sécurité reste-t-elle un vœu pieux ?
Les civils, premières victimes d’une guerre sans fin
Les affrontements entre les deux groupes jihadistes ne signifient pas un affaiblissement durable de la menace. Au contraire, ils peuvent déclencher des représailles contre les communautés suspectées de soutenir l’un ou l’autre camp, aggravant ainsi les déplacements de population et l’insécurité. Les bilans humains annoncés par les groupes armés doivent être pris avec prudence : propagande, exagérations et désinformation brouillent souvent la réalité.
Au-delà des chiffres militaires, une question persiste : qui protège les villages lorsque les combats s’approchent ? Qui assure l’accès aux soins, l’éducation des enfants ou la liberté des commerçants et des agriculteurs ? Ces responsabilités, au cœur des attentes citoyennes, révèlent souvent le décalage entre les discours et les actions des pouvoirs publics.
Des territoires où l’État peine à s’imposer
Dans les zones rurales les plus exposées, l’insécurité ne se réduit pas à des attaques ponctuelles. Elle se traduit aussi par l’affaiblissement durable de la présence de l’État, la fermeture des services publics et la difficulté pour les forces de sécurité à assurer une protection constante. Les conséquences sont lourdes : marchés désertés, échanges commerciaux paralysés, terres agricoles abandonnées. Les familles se retrouvent prises en étau entre le risque de rester et celui d’abandonner tout moyen de subsistance.
Il serait excessif d’affirmer que les juntes militaires abandonnent délibérément ces régions sans prendre en compte les contraintes du terrain et les opérations en cours. Cependant, la persistance des violences exige des comptes concrets : des résultats tangibles en matière de sécurité, un retour des services essentiels et la possibilité pour les déplacés de retrouver leurs foyers en toute sécurité.
La souveraineté ne suffit pas sans sécurité réelle
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont fait de l’Alliance des États du Sahel un pilier de leur stratégie pour reprendre le contrôle de leur destin. Mais cette ambition doit se mesurer à l’aune des résultats obtenus : moins d’attaques, une protection effective des villages, un accès facilité aux routes et aux services, et la possibilité pour les populations de vivre sans crainte.
Les causes de l’expansion des groupes jihadistes sont complexes et anciennes, et les juntes ne portent pas la responsabilité exclusive de cette crise. En revanche, l’exercice du pouvoir impose une obligation de rendre des comptes sur la sécurité des citoyens. Les populations ne jugent pas un régime uniquement à ses discours ou à ses alliances, mais à sa capacité à leur offrir une vie normale, sans menace quotidienne.
Une réponse militaire seule ne suffit pas
La guerre entre l’État islamique au Sahel et le JNIM rappelle que la crise sécuritaire dépasse le seul cadre militaire. Pour y faire face, une approche globale est nécessaire : protection renforcée des civils, renseignement efficace, coopération transfrontalière, justice et rétablissement des services de base. Sans ces mesures, la promesse de reconquête sécuritaire restera un mirage pour des milliers de personnes.
Pour les juntes de Bamako, Ouagadougou et Niamey, le défi est clair : prouver que la souveraineté revendiquée se traduit par des résultats concrets. Car une population qui vit dans la peur chaque jour ne retient pas les slogans ou les alliances internationales. Elle retient l’absence de sécurité, l’impossibilité de cultiver ses terres, d’envoyer ses enfants à l’école ou de circuler librement. Tant que cette réalité persistera, la question restera sans réponse : à quoi bon contrôler son destin national si les citoyens ne peuvent même pas en jouir ?