Face à la flambée des prix de la viande, le gouvernement malien annonce une mesure radicale : l’interdiction temporaire des exportations de bétail, renouvelable tous les six mois. Officiellement justifiée pour protéger le pouvoir d’achat, cette décision cache une réalité moins avouable : l’incompétence de l’État à résoudre les véritables causes de la crise. En ciblant les acteurs privés, Bamako aggrave les difficultés d’un secteur déjà en difficulté, où les éleveurs et commerçants subissent de plein fouet les conséquences de cette directive.
Pourquoi cette interdiction frappe de plein fouet les entrepreneurs maliens
Avec 15 % du PIB national et 150 millions de dollars de revenus annuels, l’élevage est un pilier de l’économie malienne. Pourtant, au lieu de soutenir ce secteur vital, l’État privilégie une approche autoritaire en privant les acteurs privés de leur liberté commerciale. En bloquant les exportations vers des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou la Guinée, Bamako impose une politique protectionniste désastreuse.
Cette interdiction a des répercussions immédiates :
- Surstockage des troupeaux : les éleveurs ne peuvent plus écouler leur bétail, entraînant une saturation des marchés locaux.
- Effondrement des marges : les prix payés aux producteurs s’effondrent, tandis que les coûts de transport et d’alimentation animale explosent.
- Risque de ruine : des milliers d’opérateurs économiques, déjà fragilisés par l’inflation, pourraient être contraints de cesser leurs activités.
Les vraies causes de la hausse des prix de la viande ignorées par l’État
Plutôt que de lever les obstacles structurels qui pèsent sur le secteur, l’État mise sur une solution simpliste : l’interdiction. Pourtant, les causes de la cherté de la viande sont clairement identifiées :
- Délocalisation chaotique des marchés à bétail, désorganisant les circuits d’approvisionnement.
- Augmentation des coûts des matières premières, comme les tourteaux, indispensables à l’alimentation du bétail.
- Insécurité croissante sur les axes routiers, favorisant le racket et les surcoûts logistiques.
En refusant de s’attaquer à ces problèmes, Bamako privilégie la facilité coercitive au détriment des solutions durables. Or, l’histoire a montré que le contrôle des prix et les restrictions commerciales ne font qu’aggraver les pénuries à long terme.
Un protectionnisme contre-productif et dangereux
En menaçant de paralyser un réseau d’exportation sous-régional qui absorbe 99 % des ventes de bovins maliens, l’État envoie un signal alarmant aux investisseurs et partenaires commerciaux. La sécurité juridique et la prévisibilité des règles disparaissent au profit de l’urgence politique, un choix coûteux pour l’avenir du pays.
Plutôt que de sacrifier les entrepreneurs maliennes, le Mali aurait tout intérêt à :
- Simplifier les réglementations administratives pour faciliter le commerce.
- Renforcer la sécurité des axes routiers et lutter contre le racket.
- Investir dans la modernisation des infrastructures logistiques.
Ces mesures, bien plus que des interdits, permettraient de relancer l’offre et de stabiliser durablement les prix de la viande.