Dans un communiqué officiel, le ministère de l’Économie et des Finances a annoncé un durcissement fiscal sans précédent : doublement de la taxe sur la consommation (de 1 % à 2 %) sur les denrées de base (pain, riz, huile, sucre), surtaxe des transactions financières et des salaires, et un prélèvement trimestriel obligatoire de 10 000 FCFA sur chaque fiche de paie.
Le ministre Alousséni Sanou justifie ces mesures par l’effort de guerre, l’aide aux populations des zones d’insécurité et le développement des voiries. Pourtant, cette annonce passe mal auprès d’une population exsangue. Dans les fadas de Bamako et sur les marchés de l’intérieur, une question lancinante revient : où va l’argent de l’or ?
L’or brille à l’international, le peuple souffre au national
Le Mali, troisième producteur d’or d’Afrique, a engagé un nouveau code minier et renégocié les contrats avec les multinationales. Les autorités de la Transition ont vanté une reprise en main des richesses extractives : des centaines de milliards de francs CFA d’arriérés miniers ont été recouvrés, la part de l’État est passée à 35 %, et les cours mondiaux de l’or battent des records historiques.
L’incompréhension est totale. Comment expliquer qu’au moment où le sous-sol malien rapporte plus que jamais, le gouvernement taxe les travailleurs et les ménages déjà asphyxiés par l’inflation ? Si l’or brille enfin pour les Maliens, pourquoi le panier de la ménagère sert-il de variable d’ajustement ?
Le « sacrifice patriotique », jusqu’à quand ?
Le communiqué appelle au civisme et au sacrifice patriotique. Mais le patriotisme peut-il s’accommoder de privations permanentes alors que le coût de la vie devient insoutenable ? Taxer le pain, le riz et le savon – piliers de la survie des familles modestes – sous prétexte d’effort de guerre ressemble à un aveu d’asphyxie financière de l’État.
Le consentement à l’impôt ne peut être durable sans transparence absolue. Associer l’effort de guerre à un prélèvement direct sur les salaires tout en maintenant l’opacité sur l’utilisation réelle des dividendes miniers risque de fragiliser le pacte de confiance entre le peuple et ses dirigeants.
Exiger la transparence des comptes
Financer la sécurité et moderniser les routes sont des impératifs incontestables. Mais imposer une double peine fiscale aux citoyens sans présenter un bilan clair et audité des recettes de l’or crée un sentiment d’injustice profonde.
Le gouvernement doit répondre à cette exigence légitime de redevabilité. Avant de demander aux Maliens de serrer encore une ceinture déjà trop étroite, il est urgent d’éclairer la destination des revenus miniers. Les Maliens sont prêts à soutenir leur armée, mais refusent de payer le prix fort pendant que l’or du pays s’évapore dans des budgets non documentés.