Yaoundé — La confirmation de la note souveraine du Cameroun par Standard & Poor’s à « B-/B » avec perspective stable arrive à un moment où le pays se trouve à la croisée des chemins. Alors que les marchés financiers analysent cette décision, c’est surtout la perspective de la succession présidentielle qui retient l’attention, devenant un facteur déterminant dans l’évaluation du risque pays. Entre satisfecit mesuré et mise en garde à peine voilée, cette notation suscite des réactions contrastées parmi les observateurs économiques et les partenaires internationaux.
Une décision sous haute surveillance : entre stabilité affichée et vulnérabilités structurelles
Le maintien de la note « B-/B » par S&P reflète avant tout la cohérence de la trajectoire budgétaire engagée par les autorités camerounaises, notamment dans le cadre du programme avec le Fonds monétaire international (FMI). Cependant, cette stabilité de façade masque une réalité plus complexe : l’économie camerounaise reste ancrée dans la catégorie spéculative, à cinq crans sous le seuil d’ « investment grade ». Cette position précaire s’explique par un endettement public toujours élevé et une dépendance persistante aux recettes pétrolières, dont les cours fluctuent fortement. Les analystes soulignent que ces fragilités structurelles exposent le pays à des chocs externes, d’autant plus que le contexte régional, marqué par les crises sahéliennes, ne joue pas en faveur des économies africaines.
La transition politique, nouvelle ombre au tableau économique
C’est l’échéance présidentielle qui cristallise désormais toutes les attentions. Pour S&P, l’issue du scrutin et la gestion de l’après-Biya seront déterminantes pour l’avenir macroéconomique du Cameroun. Une transition maîtrisée pourrait garantir la continuité des réformes et préserver les relations avec les bailleurs de fonds, à commencer par le FMI. En revanche, toute crise post-électorale, contestation ou vacance institutionnelle non préparée risquerait d’entraîner un retrait brutal des investisseurs et une dégradation immédiate de la note souveraine. Avec une dette extérieure représentant plusieurs centaines de milliards de francs CFA par an, les marges de manœuvre budgétaires sont déjà limitées, et tout choc politique aggraverait cette situation.
Au-delà des frontières camerounaises, cette notation a une portée régionale. Première économie de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le Cameroun joue un rôle d’ancre pour les autres pays de la zone franc. Une dégradation de sa note souveraine aurait des répercussions immédiates sur les conditions de financement des pays voisins, comme le Gabon ou la République du Congo, ainsi que sur la solidité de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et ses réserves de change, déjà sous pression.
La gouvernance des entreprises publiques, un défi de taille
Sur le plan budgétaire, S&P salue les avancées réalisées dans la rationalisation des dépenses publiques, notamment la réduction des subventions aux carburants, l’élargissement de l’assiette fiscale et le contrôle de la masse salariale. Ces mesures, négociées avec le FMI, ont permis de stabiliser le déficit budgétaire autour de niveaux jugés soutenables. Toutefois, la mobilisation des recettes non pétrolières reste insuffisante, avec un ratio d’environ 12 à 13 % du PIB, loin des standards des économies comparables. La faiblesse de ces recettes limite la capacité de l’État à investir dans des projets structurants à long terme.
La dépendance aux hydrocarbures continue d’être un point de vulnérabilité majeur. La production pétrolière camerounaise est en déclin structurel, ce qui réduit les recettes d’exportation alors que les besoins en importations, notamment alimentaires et énergétiques, restent élevés. Parallèlement, le service de la dette extérieure absorbe une part croissante des ressources publiques, laissant peu de marge pour des investissements prioritaires. Les partenaires techniques et financiers veillent de près à la mise en œuvre des réformes dans les entreprises publiques, comme la Société nationale des hydrocarbures (SNH) ou Camair-Co, dont la restructuration est cruciale pour restaurer la crédibilité de la trajectoire budgétaire d’ici 2027.
Un message contrasté aux acteurs économiques
Pour les investisseurs et gestionnaires d’actifs, cette notation offre une fenêtre d’opportunité : une stabilité de la note pourrait faciliter l’émission de nouveaux eurobonds ou des placements privés, sous réserve de conditions de marché favorables. Cependant, l’avertissement implicite de S&P concernant le risque politique rappelle que la prudence reste de mise, à quelques semaines d’une élection dont l’issue redéfinira le paysage politique de la sous-région. Les partenaires internationaux, qu’ils soient occidentaux ou du Golfe, suivent cette situation avec une attention redoublée, conscients que l’avenir du Cameroun pourrait influencer leur propre stratégie d’investissement en Afrique centrale.
En conclusion, si la confirmation de la note « B-/B » par S&P est perçue comme un soulagement par certains, elle reste avant tout un rappel des défis structurels et politiques qui attendent le Cameroun. La capacité des autorités à gérer la transition et à poursuivre les réformes budgétaires sera déterminante pour éviter une dégradation de la notation, qui aurait des répercussions bien au-delà de ses frontières.