(Nairobi) Au lendemain d’un scrutin présidentiel marqué par des violences en Ouganda, le principal opposant et candidat Bobi Wine a été transporté de force depuis sa résidence par un hélicoptère militaire. L’information a été communiquée vendredi soir par son parti.
Sur le réseau social X, la Plateforme d’unité nationale (NUP), le parti de Bobi Wine, a précisé qu’un « hélicoptère de l’armée a atterri » à son domicile avant de l’emmener « de force vers une destination inconnue ».
La NUP a également rapporté que les gardes du corps de l’opposant ont subi une « violente agression » durant cette intervention.
Selon les dires de l’opposition, les élections présidentielle et législatives de jeudi ont été le théâtre de violences ayant causé la mort d’au moins dix personnes.
Pour de nombreux analystes, ce scrutin présidentiel s’annonçait comme une simple formalité pour le président sortant, Yoweri Museveni. Âgé de 81 ans, l’ancien chef de guérilla brigue un septième mandat, fort de son contrôle sur les appareils électoral et sécuritaire du pays.
Les chiffres partiels de la commission électorale, basés sur le dépouillement de près de 81 % des bureaux de vote, accordent une large avance à M. Museveni avec 73,7 % des voix, loin devant Bobi Wine (de son vrai nom Robert Kyagulanyi) qui recueille 22,7 % des suffrages.
La proclamation des résultats définitifs est attendue pour samedi.
Celui qui se fait appeler le « président du ghetto », en souvenir de son enfance dans les quartiers populaires de Kampala, s’est affirmé au fil des ans comme le principal adversaire de Yoweri Museveni, à la tête du pays depuis quatre décennies.
D’après la NUP, l’ancien chanteur de raggamuffin âgé de 43 ans, déjà victime de détention et de torture lors du scrutin de 2021, était de facto assigné à résidence depuis la soirée de jeudi.
Plus tôt dans la journée, se disant encerclé par les forces de l’ordre, M. Wine avait dénoncé sur X une action motivée par la peur : « Ils agissent ainsi par peur des personnes qu’ils ont offensées en commettant tant d’atrocités à leur encontre ».
Cependant, le porte-parole de la police ougandaise, Kituuma Rusoke, avait affirmé sur la chaîne privée NBS que l’opposant n’était « pas assigné à résidence » et que la présence policière visait « simplement sa sécurité ».
Des reporters de l’AFP présents sur les lieux vendredi matin avaient noté une situation calme aux abords du domicile de Bobi Wine, avec la présence d’un véhicule et de quelques agents de police.
Il est à noter que les autorités avaient suspendu l’accès à internet avant le scrutin, une coupure qui était toujours en vigueur vendredi.
Accusations de massacres
Un député de la NUP, Muwanga Kivumbi, a fait une déclaration choc à l’AFP, affirmant que des partisans ont été abattus par l’armée à l’intérieur même de sa résidence dans la nuit de jeudi à vendredi.
« Dix personnes ont été tuées à l’intérieur de ma maison », a confié d’une voix faible cet élu du district de Butambala, un bastion de Bobi Wine.
Contacté par téléphone, il a ajouté : « Après les avoir tués, l’armée a continué de tirer. Puis ils ont enlevé toutes les preuves de leur mort. Il ne reste plus qu’une mare de sang ».
De son côté, le secrétaire général de la NUP, Lewis Rubongoya, a qualifié les faits d’« exécution d’innocents », avançant un bilan encore plus lourd de « plus de 20 morts » et « plus de 50 blessés ».
Une source au sein des forces de sécurité ougandaises a donné une version différente, indiquant à l’AFP que sept personnes avaient été tuées dans la région de Butambala après avoir « attaqué » le centre de dépouillement local.
La porte-parole de la police locale, Rydia Tumushabe, a annoncé l’arrestation de 25 « bandits » de la NUP. Elle les accuse d’avoir « prévu de brûler » un centre de dépouillement et un poste de police, ainsi que d’avoir bloqué une route et attaqué des véhicules.
Elle a également précisé qu’un nombre non spécifié d’entre eux avait été « mis hors d’état de nuire ».
Témoignage d’une tuerie
Zahara Nampewo, l’épouse du député Kivumbi, a expliqué que plusieurs centaines de personnes s’étaient réunies devant leur maison pour contester des fraudes électorales dans la circonscription lorsque l’armée est intervenue pour les disperser.
Cette professeure de droit a raconté que, tandis que la foule fuyait vers les plantations voisines, les soldats « ont tiré à travers la porte de notre garage et ont tué 10 jeunes, 10 jeunes hommes, des agents de campagne qui étaient venus nous aider ».
L’ONU a souligné que le scrutin s’est tenu dans un contexte « marqué par une répression et une intimidation généralisées ».
D’après Amnistie internationale, au moins 400 sympathisants de Bobi Wine ont été arrêtés pendant la campagne. L’opposant, qui porte régulièrement un gilet pare-balles, a accusé le gouvernement de « bourrage massif des urnes » sur X et a incité la population à protester en cas de fraude avérée.
Une autre figure majeure de l’opposition, Kizza Besigye, qui s’est présenté quatre fois face à M. Museveni, avait été enlevé au Kenya en 2024 puis rapatrié en Ouganda, où il est toujours emprisonné pour trahison.