Ousmane Sonko pourrait présider l’assemblée sénégalaise
Les députés sénégalais se réunissent aujourd’hui pour statuer sur deux dossiers majeurs : la réintégration d’Ousmane Sonko au parlement et l’élection de son futur président. Une séance qui s’annonce sous haute tension politique.
À quelques rues de là, à la Cité Keur Gorgui, l’effervescence est palpable. Un militant du parti Pastef-Les Patriotes scande le nom de son leader, Ousmane Sonko : « Sonkoooo ! ». Ce cri résonne comme un soutien inconditionnel à l’homme politique dont le destin parlementaire pourrait basculer aujourd’hui.
Nourdine Diallo, ancien militant convaincu, incarne cette déception. Pour lui, l’alliance entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko était bien plus qu’un slogan de campagne : « Ça nous a fait très mal de savoir que le président a limogé le Premier ministre. Nous avons répété ‘Diomaye est Sonko – Sonko est Diomaye’ pendant toute la campagne. Ces mots reflétaient une réalité profonde, celle d’une fraternité politique et institutionnelle. »
Un conflit aux répercussions institutionnelles
Le limogeage d’Ousmane Sonko a été acté juste après une séance houleuse à l’Assemblée nationale, où ce dernier n’a pas mâché ses mots pour critiquer certaines orientations du président Diomaye Faye. Depuis, les institutions sénégalaises semblent s’engager dans une confrontation sans précédent.
La session parlementaire de ce jour doit trancher sur deux points cruciaux : la réintégration d’Ousmane Sonko comme député, son mandat ayant été suspendu lors de sa nomination au poste de Premier ministre, et l’élection d’un nouveau président de l’Assemblée nationale. Ce dernier poste pourrait échoir à Ousmane Sonko lui-même, faisant de lui la deuxième personnalité de l’État.
Cette perspective inquiète Malao Kanté, politologue : « Ousmane Sonko incarne une nouvelle forme d’opposition, mais cette opposition détient désormais la majorité parlementaire. Le risque est réel : une motion de censure contre le prochain Premier ministre, ou pire, une paralysie des institutions. Le Sénégal pourrait s’enliser dans une crise institutionnelle complexe. »
L’opposition dénonce une manœuvre politique
Adama Fall, figure politique du Pastef-Les Patriotes, tente de relativiser : « Nous avons vu dans l’histoire africaine des confrontations similaires, comme entre Blaise Compaoré et Thomas Sankara, ou Mamadou Dia et Senghor. Mais notre génération est différente : nous sommes conscients et refusons de répéter les erreurs du passé. »
Le parti est en ébullition. Plusieurs cadres ont démissionné en signe de solidarité avec Ousmane Sonko. La situation s’est encore tendue après la démission dimanche du président de l’Assemblée, El Hadji Malick Ndiaye, un proche d’Ousmane Sonko. Le groupe parlementaire de l’opposition Takuu Walu a immédiatement réagi en qualifiant cette démission d’illégale, affirmant que Malick Ndiaye a violé le règlement intérieur de la chambre basse.
Aïssata Tall Sall, présidente du groupe, a mis en garde Bassirou Diomaye Faye : « Si le président ne saisit pas le Conseil constitutionnel sur la réintégration d’Ousmane Sonko, c’est son propre fauteuil qui sera menacé. Cette situation relève d’un coup d’État constitutionnel. »
Pendant ce temps, le président a nommé dans la nuit un nouveau Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, ancien banquier de la BCEAO et ministre d’État. Ce dernier a appelé à l’unité nationale, évoquant un « tournant » pour le pays.