Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a choisi de passer à l’action. Lors de meetings et dans ses prises de parole, le leader de Pastef multiplie les critiques envers ses adversaires politiques tout en pointant du doigt certains alliés au sein même du pouvoir en place. Cette dynamique survient alors que les relations entre le chef du gouvernement et le président Bassirou Diomaye Faye suscitent des interprétations divergentes dans la presse ouest-africaine. À Dakar comme à l’international, les analystes observent avec attention l’évolution des équilibres au sein de la formation politique arrivée au pouvoir en mars 2024.
Un discours politique plus offensif à Dakar
Le ton adopté ces derniers jours par le locataire de la Primature contraste fortement avec la prudence affichée lors des premiers mois de son mandat. Ousmane Sonko règle publiquement ses comptes avec une partie de la classe politique sénégalaise, ciblant aussi bien l’ancien régime que des personnalités de la société civile qu’il accuse de manœuvres occultes. Cette approche, largement commentée, vise à reprendre le contrôle de l’espace médiatique et à réaffirmer son influence sur la coalition gouvernementale.
En pratique, le numéro deux de l’exécutif s’adresse en priorité à ses soutiens militants. Le parti Pastef, dissous avant d’être réhabilité en amont de l’élection présidentielle, conserve un ancrage politique solide dans les grandes agglomérations et auprès de la jeunesse. En relançant un discours axé sur la rupture, Sonko cherche à renforcer sa légitimité, acquise lors des législatives de novembre 2024 qui avaient confirmé la place centrale de son mouvement à l’Assemblée nationale.
Des proches du Premier ministre écartés des postes clés
Cette offensive intervient dans un contexte marqué par des tensions internes. Plusieurs de ses alliés, considérés comme des piliers du projet Pastef, n’ont pas obtenu les postes attendus au sein du gouvernement ou des structures administratives stratégiques. Cette exclusion nourrit, en coulisses, un sentiment de dilution du programme initial au profit de compromis perçus comme trop conciliants avec les équilibres antérieurs.
Les frictions restent discrètes mais perceptibles. Certains cadres historiques du parti, discrets depuis l’arrivée au pouvoir, voient leur influence réduite au profit de profils techniques recrutés autour de la présidence. En s’exprimant directement à ses partisans, Ousmane Sonko souhaite rappeler que la vision fondatrice du pouvoir reste celle de Pastef. Cette manoeuvre a pour double objectif de rassurer ses militants déçus et d’envoyer un message clair au palais présidentiel.
Un enjeu de leadership aux répercussions régionales
Au-delà du cadre national, cette rivalité larvée entre la Primature et la présidence intéresse les capitales de la sous-région. Le Sénégal joue un rôle clé dans une Afrique de l’Ouest marquée par les bouleversements sahéliens et la refonte de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Toute division au sommet de l’État sénégalais pourrait avoir des conséquences sur la diplomatie régionale, notamment dans les processus de médiation engagés avec les juntes du Mali, du Burkina Faso et du Niger.
Pour les investisseurs et les partenaires financiers, la cohérence du tandem exécutif est un critère essentiel. Les discussions en cours avec le Fonds monétaire international (FMI) sur la soutenabilité de la dette, après la révélation d’une situation budgétaire dégradée héritée de l’ère Macky Sall, nécessitent une communication gouvernementale unifiée. Pourtant, les déclarations du Premier ministre, perçues comme une affirmation personnelle, risquent de brouiller le message officiel concernant la trajectoire budgétaire et les réformes structurelles prévues dans le cadre du projet Sénégal 2050.
Ousmane Sonko dispose toutefois d’atouts majeurs. Sa majorité parlementaire, son soutien auprès des moins de 30 ans et son contrôle de l’appareil partisan lui offrent une marge de manœuvre exceptionnelle pour un chef de gouvernement. La question désormais est de savoir si cette stratégie verbale annonce un remaniement, une réorientation programmatique ou simplement une consolidation de l’autorité du Premier ministre sur sa propre formation politique.