Un procès historique concernant l’affaire Vincent Bolloré et deux anciens dirigeants du groupe Bolloré – Gilles Alix et Jean-Philippe Dorent – s’ouvrira en décembre 2026 devant le tribunal correctionnel. Ces cadres sont accusés de corruption dans le cadre de l’attribution controversée de la concession du port de Lomé, au Togo.
Les faits incriminés remontent à la période 2009-2010. À l’époque, la filiale Havas, sous contrôle du groupe Bolloré, aurait sous-facturé des services de conseil électoral en faveur de Faure Gnassingbé, alors candidat à sa réélection. En échange, le groupe aurait obtenu des conditions privilégiées pour la gestion du port de Lomé via sa filiale Bolloré Africa Logistics.
Sherpa et Anticor engagés contre la corruption transnationale
Dès 2022, les associations Sherpa et Anticor se sont portées parties civiles dans cette affaire. Leur combat vise à souligner l’importance de la transparence judiciaire dans les cas de corruption internationale et à garantir que les citoyens, dont les droits démocratiques et économiques ont été bafoués, soient considérés comme des victimes légitimes.
Malgré les tentatives répétées de Vincent Bolloré pour éviter un procès public, la persévérance des associations anticorruption a permis d’aboutir à une date de jugement fixée en décembre 2026.
La justice face aux stratégies d’évitement des multinationales
En février 2021, le groupe Bolloré SE avait signé une convention judiciaire d’intérêt public (CJIP) avec le Parquet national financier, acceptant de payer une amende de 12 millions d’euros. Cette convention reconnaissait la responsabilité du groupe dans des pratiques de corruption au Togo et en Guinée.
Parallèlement, Vincent Bolloré et deux autres cadres avaient bénéficié d’une procédure alternative, la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). Cependant, le tribunal judiciaire de Paris a rejeté cette solution, jugeant les faits trop graves pour échapper à un procès public.
Un procès attendu pour la transparence et les réparations
Pour Sherpa et Anticor, ce procès représente une opportunité unique de dévoiler les mécanismes d’ingérence économique déployés par des entreprises multinationales dans des États aux institutions fragiles. Il questionne également l’efficacité du droit à sanctionner ces stratégies d’influence déstabilisatrices.
Les associations espèrent que ce procès permettra d’établir clairement les responsabilités individuelles, de reconnaître les préjudices subis par les populations togolaises et d’envisager des réparations adaptées, qu’elles soient symboliques, institutionnelles ou financières.