L’ampleur de la stupeur qui frappe l’Afrique de l’Ouest est difficile à exagérer. Des attaques coordonnées ont permis à des assaillants de pénétrer dans Bamako, la capitale du Mali, d’assassiner le ministre de la Défense et de s’emparer de secteurs stratégiques dans le nord du pays.
Samedi dernier, les habitants de plusieurs agglomérations ont été réveillés par des détonations et des tirs nourris. Une coalition formée par le Front de libération de l’Azawad (FLA), d’obédience séparatiste, et le groupe JNIM, lié à al-Qaeda, a revendiqué ces opérations.
Cette offensive d’envergure, marquée par le repli des forces maliennes et de leurs alliés russes de la ville de Kidal — désormais sous l’autorité du FLA — sème le doute sur la pérennité du gouvernement de transition. Ce dernier est dirigé par le colonel Assimi Goïta, arrivé au pouvoir suite au coup d’État d’août 2020.
Le colonel Assimi Goïta a mis plusieurs jours avant de s’exprimer publiquement, alimentant les interrogations sur l’avenir de la junte et sur l’efficacité des troupes russes déployées au Mali et dans les États voisins pour contrer la menace sécuritaire.
Scénario 1 : La junte se maintient et organise la riposte
De nombreux observateurs considèrent que c’est l’issue la plus probable à court terme. L’armée garde en effet la main sur les institutions étatiques et la majorité des grands centres urbains. Cependant, les prochains jours seront déterminants alors que les forces armées préparent une contre-offensive face au JNIM et au FLA.
L’issue de ces opérations militaires définira la survie du régime. Lors d’une allocution télévisée trois jours après les événements, Assimi Goïta a affirmé que la situation était maîtrisée, promettant de neutraliser les auteurs des attaques. Des images officielles l’ont montré aux côtés de l’ambassadeur de Russie, Igor Gromyko, soulignant l’importance stratégique de ce partenariat.
Néanmoins, la disparition du ministre de la Défense, Sadio Camara, pourrait désorganiser la coordination militaire. Sadio Camara était une figure centrale du pouvoir et le principal lien avec Moscou pour le déploiement des instructeurs russes au Sahel.
Pendant ce temps, les rebelles du FLA affichent leur intention de descendre vers le sud. Le mouvement revendique déjà le contrôle des accès à la ville de Gao et lorgne sur Tombouctou, affirmant que ces cités historiques tomberont une fois Kidal et Gao totalement sécurisées.
Scénario 2 : Maintien du pouvoir avec une diversification des alliances
Les récentes attaques ont écorné l’image de la Russie en tant que partenaire de sécurité infaillible. Après avoir évincé les forces françaises, la junte s’était tournée vers Moscou, mais l’incapacité de l’Africa Corps à protéger les villes majeures soulève des doutes.
Le Mali pourrait donc chercher à élargir ses appuis militaires. La Turquie, qui renforce sa présence en Afrique, apparaît comme une option sérieuse. Bamako utilise déjà des drones turcs qui ont joué un rôle clé lors de la prise de Kidal en 2024. De plus, des rumeurs font état de l’arrivée de conseillers turcs pour former la garde présidentielle.
Parallèlement, un timide réengagement avec les États-Unis se dessine. Des diplomates américains se sont récemment rendus à Bamako pour discuter d’une nouvelle approche respectant la souveraineté malienne. La junte pourrait aussi compter davantage sur l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Niger et le Burkina Faso, bien que cette force conjointe n’ait pas encore prouvé son efficacité opérationnelle sur le terrain.
Scénario 3 : Une pression accrue menant à un changement de régime
Les événements de samedi constituent le défi le plus sérieux pour les militaires depuis des années. Si l’insécurité persiste, le mécontentement populaire pourrait favoriser un nouveau coup d’État mené par d’autres officiers.
Une autre hypothèse serait une prise de pouvoir par l’alliance FLA-JNIM, bien que cette union soit fragile. Le FLA se définit comme un mouvement politique nationaliste, tandis que le JNIM est une organisation islamiste armée. Leurs relations sont complexes depuis 2012, date à laquelle la rébellion touareg avait été éclipsée par des groupes radicaux.
Si certains membres du FLA qualifient les combattants du JNIM de « cousins » face à un ennemi commun, les dirigeants séparatistes nient toute fusion officielle. Ces divergences idéologiques pourraient provoquer des tensions internes majeures, à moins que les séparatistes ne se concentrent exclusivement sur le contrôle du nord du pays, se désolidarisant du reste du territoire malien.
