Réfugiés maliens en Mauritanie : espoir fragile et menaces d’un nouvel exode

Un groupe de réfugiés maliens près d’un point d’eau dans un camp de fortune à Doueinkara, à la frontière entre la Mauritanie et le Mali.

En Mauritanie, près de 300 000 Maliens ont trouvé refuge depuis le début du conflit en 2012. Pourtant, les récents événements au Mali pourraient bien relancer un exode forcé. Les attaques menées fin avril par les groupes armés du Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim, lié à Al-Qaïda) ont infligé un revers cuisant à la junte malienne, causant notamment la mort du ministre de la Défense. Ces combats ont aussi provoqué le retrait partiel des paramilitaires russes de l’Africa Corps, autrefois connus sous le nom de Wagner.

Des espoirs de retour entrecoupés de craintes

Mosso, un éleveur touareg de 57 ans, a fui la région de Mopti il y a trois semaines après l’arrivée de miliciens russes dans son village. Son frère a été tué sous ses yeux par ces hommes, alors que son fils de 14 ans assistait à la scène. Aujourd’hui, il rêve de rentrer au Mali, mais seulement à une condition : « Si les mercenaires russes partent, nous retournerons chez nous. » Pour lui, le départ de ces forces étrangères est indissociable de la chute du chef de la junte, Assimi Goïta, qu’il tient pour responsable de leur arrivée.

Dans le camp de Mbera, où s’entassent aujourd’hui 120 000 réfugiés, les récits se répètent. Ahmed, 35 ans, raconte comment l’alliance entre l’armée malienne et les supplétifs russes a poussé des milliers de civils à fuir. « C’est à cause de Wagner que tout le monde est venu ici », déclare-t-il, évoquant l’amalgame fait par les forces gouvernementales entre civils et groupes armés. Comme Mosso, il espère la fin du régime en place, qu’il accuse d’avoir aggravé la crise.

Une alliance controversée entre rebelles et jihadistes

La récente offensive du FLA, qui a repris le contrôle de Kidal fin avril, a semé le trouble parmi les réfugiés. Si certains y voient un espoir de retour, d’autres, comme Abdallah, 77 ans, restent sceptiques. « Je ne suis pas content que le FLA ait repris Kidal », confie-t-il. Pour lui, l’alliance avec le Jnim est une erreur : « Leur objectif ne correspond pas du tout à notre vision d’un islam modéré et pacifique. »

Les tensions entre groupes armés et civils se sont encore accrues depuis octobre 2023, lorsque le Jnim a imposé des blocus sur plusieurs localités maliennes. Résultat : près de 14 000 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, ont franchi la frontière mauritanienne pour échapper aux violences.

La Mauritanie face à l’afflux des réfugiés

Alors que le Sahel est devenu l’épicentre mondial des violences jihadistes, la Mauritanie, réputée pour sa stabilité, voit sa situation se dégrader. Le maire de Fassala, Cheikhna Ould Abdallahi, alerte sur les tensions croissantes autour des ressources naturelles. « Les pâturages, les points d’eau et les services de base, comme la santé, sont sous pression », explique-t-il. Avec plus de 300 000 réfugiés maliens sur son territoire, le pays doit faire face à une crise humanitaire de plus en plus difficile à gérer.

Les organisations humanitaires, comme le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, suivent la situation avec inquiétude. « Nous sommes profondément préoccupés par l’évolution des combats », souligne un porte-parole du HCR en Mauritanie. Les combats récents pourraient en effet entraîner un nouvel afflux de réfugiés dans cette région déjà sous tension.

Pour Tilleli, 22 ans, mère d’un bébé d’un an, la paix semble encore lointaine. Elle a fui son village de Mopti après que des soldats et des miliciens russes l’aient pillé et brûlé. « Je ne rentrerai que si les Wagner quittent le Mali », affirme-t-elle, sans illusions sur un retour rapide de la stabilité.

La situation reste donc incertaine, entre l’espoir d’un retour et la peur d’un nouvel exode. Une chose est sûre : tant que les violences persisteront au Mali, la Mauritanie continuera d’accueillir des milliers de personnes en quête de sécurité.

Réfugiés maliens en Mauritanie : espoir fragile et menaces d’un nouvel exode
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