Renégociation des accords de pêche Gabon-UE : vers une souveraineté économique halieutique ?

Libreville — La renégociation des accords de pêche entre le Gabon et l’Union européenne s’ouvre sous le signe d’un impératif : transformer un partenariat historique en levier de développement local. Après l’expiration du protocole en juin 2026, Libreville mise sur un nouveau cadre pour rééquilibrer les retombées économiques. Dès lors, quelles seront les réactions des parties prenantes ? Et surtout, quelles perspectives se dessinent pour l’économie gabonaise ?
Le gouvernement gabonais a acté cette semaine le lancement des négociations, plus d’un an après avoir dénoncé l’accord précédent. L’enjeu ? Faire de la ressource halieutique un pilier de la souveraineté économique du pays.
Un nouveau départ pour un partenariat sous haute tension
Le Gabon a mis fin au dispositif en juin 2025, date d’échéance du protocole. Depuis, les navires européens ne disposent plus de cadre légal pour opérer dans ses eaux. Pourtant, l’ancienne formule privilégiait une logique d’accès avant toute considération locale. Résultat : des retombées limitées pour l’économie gabonaise.
Avec ce nouveau départ, Libreville entend corriger les déséquilibres du passé. Les négociations devront répondre à une question centrale : comment faire en sorte que chaque tonne pêchée bénéficie davantage au Gabon ?
Des chiffres qui interrogent sur l’efficacité de l’ancien modèle
Le précédent accord prévoyait une capacité théorique de 32 000 tonnes par an, mais seulement 10 604 tonnes ont été effectivement capturées en moyenne entre 2022 et 2024. Les écarts sont tout aussi frappants pour les licences : seulement 54 % des autorisations pour les thoniers senneurs ont été utilisées, tandis que les licences pour les thoniers canneurs sont restées lettre morte.
- Contribution financière annuelle : 1,6 million d’euros pour l’accès aux ressources, plus 1 million d’euros destiné au développement du secteur.
- Captures réelles : 23 % de la valeur ajoutée générée par l’activité est revenue au Gabon, contre 47 % pour d’autres pays comme la Côte d’Ivoire ou le Sénégal.
Ces données soulèvent un paradoxe : comment un pays doté de ressources halieutiques aussi prometteuses peut-il en retirer si peu de bénéfices ?
La transformation locale au cœur des débats
Le précédent protocole imposait un transbordement d’au moins 30 % des captures dans un port gabonais. Pourtant, les navires européens ont massivement contourné cette obligation, privilégiant les débarquements en Côte d’Ivoire ou au Sénégal. Le Gabon n’a ainsi capté qu’une infime partie des emplois et de la valeur ajoutée générés par l’activité.
Pour les autorités gabonaises, l’objectif est clair : ancrer la transformation des ressources halieutiques sur le territoire national. Cela implique de renforcer les infrastructures portuaires, de développer des capacités locales de transformation, et de créer des emplois dans le secteur.
Vers un accord mesurable et transparent
La future convention devra répondre à plusieurs faiblesses structurelles identifiées lors de l’évaluation du précédent accord. Transparence et traçabilité seront les maîtres-mots.
Des lacunes à combler pour un partenariat équitable
Parmi les points critiques :
- Emploi local : Le dispositif prévoyait l’embarquement de marins gabonais, mais aucune liste conforme n’a été transmise aux armateurs européens. Résultat, les compensations prévues n’ont pas été versées.
- Contrôle des captures : Le système électronique de déclaration n’était pas pleinement opérationnel, entraînant des écarts dans les données.
- Financement sectoriel : Sur les 5 millions d’euros alloués sur cinq ans pour le développement du secteur, seuls 2 millions ont été effectivement transférés.
Ces manquements ont conduit à une sous-exploitation des retombées potentielles. Le Gabon souhaite désormais un accord où chaque étape — des débarquements à la transformation — génère des bénéfices concrets pour son économie.
Les perspectives d’un partenariat réinventé
Pour Libreville, cette renégociation marque un tournant. L’enjeu n’est plus seulement de percevoir une compensation financière, mais de construire une véritable filière halieutique locale. Cela passe par :
- Un ajustement des quotas : Réévaluer le nombre de licences en fonction de l’utilisation réelle des ressources.
- Des infrastructures adaptées : Moderniser les ports et créer des zones de transformation pour capturer davantage de valeur.
- Une traçabilité renforcée : Mettre en place des mécanismes de contrôle stricts pour éviter les fraudes et garantir la transparence.
Pour l’Europe, l’enjeu est aussi stratégique : maintenir des relations commerciales tout en soutenant le développement économique du Gabon. La crédibilité du futur accord dépendra de sa capacité à produire des résultats tangibles, mesurables et durables.
Une chose est sûre : le Gabon ne se contentera plus d’un accord déséquilibré. Il mise sur cette renégociation pour faire de sa ressource halieutique un moteur de sa souveraineté économique et de son développement.