Niger Eveil

Média d'éveil citoyen pour le Niger, offrant une information rigoureuse, indépendante et engagée.

Niger Eveil

Média d'éveil citoyen pour le Niger, offrant une information rigoureuse, indépendante et engagée.

Sahel : le vide stratégique qui profite aux groupes djihadistes

La région sahélo-saharienne est aujourd’hui reconnue comme le nouvel épicentre du djihadisme à l’échelle mondiale. Du Mali occidental jusqu’aux abords du bassin du lac Tchad, des millions d’habitants subissent au quotidien la domination de factions liées à Al-Qaïda ou à l’État islamique. Interdiction de travailler la terre, application de normes sociales d’une violence extrême, crainte constante d’une attaque… L’existence des populations est devenue un enfer. Mais le plus alarmant dans cette spirale infernale ne tient pas seulement à la puissance des assaillants : c’est l’absence criante de toute véritable stratégie de sécurité pour contenir le feu qui ravage le Sahel.

L’ère des réponses improvisées

Face à une menace aux ramifications transnationales qui traverse les frontières poreuses du Sahel avec une redoutable facilité, les réponses des États restent désespérément éparpillées, vagues et spontanées. On assiste à une série de réactions à chaud après chaque massacre, au lieu de l’application d’une doctrine militaire cohérente et partagée.

Une politique sécuritaire digne de ce nom ne se limite pas à l’acquisition d’équipements militaires ou à des annonces sur les réseaux sociaux. Elle exige :

  • Une coordination stratégique authentique et pérenne entre les États de la ligne de front sahélienne.
  • Un plan de sécurisation permanent des voies de communication et des zones agricoles pour préserver l’économie rurale sahélienne.
  • Un maillage territorial et un partage du renseignement capables de prévoir les déplacements ennemis plutôt que de simplement constater les dégâts.

À la place de cela, le vide stratégique actuel offre un terrain libre aux groupes armés, qui s’installent, prélèvent des taxes et s’imposent comme les seuls administrateurs de vastes portions du territoire sahélien.

L’illusion de la solution exclusivement militaire

Un autre signe de cette carence en politique sécuritaire au Sahel est la croyance que la crise se résoudra uniquement par la force armée. En négligeant le volet « sécurité humaine » – qui comprend le retour des services publics, des écoles, des centres de santé et d’une justice équitable dans les zones vulnérables – les gouvernements créent un appel d’air pour les recruteurs djihadistes.

Faute de vision à long terme pour réinstaller durablement l’État là où il a défailli, les opérations militaires, même lorsqu’elles réussissent ponctuellement, s’avèrent inefficaces. Dès que l’armée se retire ou change de secteur, les groupes terroristes réapparaissent, plus forts et plus enracinés qu’auparavant au sein des communautés locales.

L’urgence d’une stratégie globale

Le bilan dressé du Mali au bassin du lac Tchad constitue un signal d’alarme sévère pour l’avenir de la région. On ne lutte pas contre une insurrection mondiale et structurée avec de l’improvisation et des ruptures d’alliances stratégiques. Tant que les dirigeants sahéliens refuseront d’élaborer une politique sécuritaire d’ensemble, scientifique et véritablement coordonnée, les discours politiques se succéderont, tandis que le terrain, lui, continuera de passer inexorablement sous le contrôle des groupes armés.

Sahel : le vide stratégique qui profite aux groupes djihadistes
Retour en haut