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Sahel : quatre ans après, le divorce avec Paris laisse un lourd héritage

Il y a quatre ans, les foules de Bamako, Ouagadougou et Niamey acclamaient le départ des soldats français, convaincues d’ouvrir la voie à une « seconde indépendance ». Les putschs militaires promettaient une rupture totale avec l’Occident, synonyme de sécurité retrouvée et de prospérité partagée. Aujourd’hui, le constat est implacable : la souveraineté affichée n’a fait que changer de camp, tandis que l’insécurité s’aggrave et que les économies s’enfoncent.

Le mirage sécuritaire : un boomerang fatal

Les régimes en place avaient justifié leurs coups d’État par l’incapacité de Paris à éradiquer les groupes djihadistes. Mais le remède s’est révélé pire que le mal. En confiant leur sécurité aux paramilitaires russes d’Africa Corps (ex-Wagner), les juntes ont adopté une stratégie de terre brûlée. Les groupes armés comme le JNIM et l’EIGS n’ont jamais été aussi influents ; ils encerclent désormais des localités clés et perturbent les axes d’approvisionnement. Les populations civiles subissent les exactions de tous bords, prises entre la violence djihadiste et celle des nouveaux mercenaires. Le nombre de déplacés internes atteint des sommets historiques, tandis que les rapports d’organisations indépendantes documentent une dégradation sans précédent des droits humains.

Un isolement diplomatique stratégique

Pour camoufler leurs échecs intérieurs, les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont multiplié les ruptures. Le retrait de la CEDEAO a privé le Mali, le Burkina Faso et le Niger de leurs partenaires économiques naturels. La décision récente de quitter la Cour pénale internationale (CPI) et les restrictions imposées aux agences onusiennes achèvent de transformer la région en une zone grise sur l’échiquier mondial. Cette fuite en avant vise surtout à protéger les régimes de tout regard extérieur, notamment sur le respect des calendriers de transition. Les élections promises pour un retour des civils au pouvoir sont reportées sine die, installant de fait des dictatures militaires durables.

Économie asphyxiée et régression sociale

Le discours sur la souveraineté monétaire et l’autosuffisance alimentaire se heurte à la réalité des chiffres. L’isolement régional a provoqué une flambée du coût de la vie. Les entreprises locales souffrent des sanctions indirectes, de la fuite des investissements et des coupures d’électricité chroniques. Les budgets nationaux sont engloutis par l’effort de guerre et les paiements aux mercenaires russes, souvent rémunérés via des concessions minières. Les écoles ferment par milliers, le système de santé s’effondre. Les ressources, au lieu de servir le développement humain, sont confisquées par les appareils militaires.

Un changement de maîtres, pas une libération

Quatre ans après le divorce avec Paris, le Sahel n’est ni plus sûr, ni plus prospère, ni plus indépendant. En écartant un partenaire occidental imparfait mais prévisible, les dirigeants de l’AES ont livré leurs peuples à une puissance russe opportuniste, dont l’unique objectif est géopolitique. La « seconde indépendance » promise s’est muée en une tragique régression, où la souveraineté affichée en haut lieu cache l’asphyxie des citoyens au quotidien.

Sahel : quatre ans après, le divorce avec Paris laisse un lourd héritage
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