Sénégal Maroc : le litige footballistique qui crispe les relations diplomatiques

Une finale de can 2026 sous haute tension diplomatique

Lors du sommet Afrique-France à Nairobi, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a marqué les esprits en évoquant avec ironie « une année 2026 spéciale » pour son pays, après la victoire controversée du Maroc en finale de la Coupe d’Afrique des nations. Sous les applaudissements nourris, il a lancé : « Merci à vous pour ce verdict ! », une pique directe à l’adresse de la Confédération africaine de football (CAF), qui a attribué sur tapis vert la victoire au Maroc (3-0), malgré la victoire des Lions de la Teranga sur le terrain à Rabat (1-0 après prolongation).

Un contentieux sportif qui s’étend aux relations diplomatiques

Quatre mois après ce « braquage administratif » selon la Fédération sénégalaise de football (FSF), la querelle entre Dakar et Rabat continue de perturber les échanges diplomatiques. Alors que le Tribunal arbitral du sport (TAS) examine le recours de la FSF contre la CAF et la Fédération royale marocaine de football (FRMF), les tensions persistent. À Nairobi, le président de la CAF, Patrice Motsepe, a assisté, visiblement gêné, à la démonstration de force de Diomaye Faye, tandis qu’Emmanuel Macron souriait sous cape.

Le Maroc, représenté par son chef du gouvernement Aziz Akhannouch, a préféré éviter la session sportive du sommet, privilégiant les discussions sur l’industrie et les énergies renouvelables. Une absence remarquée, reflétant la froideur diplomatique actuelle. « Ils n’ont pas privilégié cette séquence », a glissé une source proche du dossier, confirmant l’évitement mutuel autour de ce sujet explosif.

Des répercussions pénales et réglementaires

Au-delà du football, l’affaire a des répercussions judiciaires. Un Français, frère d’un membre du staff sénégalais, condamné à trois mois de prison pour avoir jeté une bouteille d’eau sur les forces de l’ordre lors des incidents dans les tribunes, a été libéré le 18 avril après avoir clamé son innocence. Trois des dix-huit supporters sénégalais incarcérés pour violences et dégradations ont également recouvré leur liberté, tandis que les quinze autres restent détenus, dans l’attente d’une éventuelle grâce royale.

Sur le plan sportif, la FIFA a adopté en avril une mesure controversée, surnommée la « loi Pape Thiaw », du nom du sélectionneur sénégalais. Cette réforme permet désormais à l’arbitre d’expulser tout joueur quittant le terrain en signe de protestation ou tout membre du staff incitant à cette action. Une décision visant clairement à éviter une « sénégalisation » du football mondial, selon un délégué de la CAF présent lors du congrès.

Des relations bilatérales sous tension

Malgré les apparences, les deux pays affichent une volonté de préserver les relations diplomatiques. À Rabat, on insiste sur « les liens historiques et religieux » unissant les deux nations, tandis qu’à Dakar, on tempère : « C’est une querelle entre frères. La voie diplomatique va jouer son rôle. Le Sénégal respecte la souveraineté de chaque pays et attend la même chose en retour. »

Les mémoires de défense des deux parties sont désormais entre les mains du TAS à Lausanne. Entre recours judiciaire, prisonniers à Rabat et rebondissements diplomatiques, la finale de la CAN 2026 s’annonce comme l’une des plus longues et des plus complexes de l’histoire du football africain.

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