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Stratégie de post-alignement du Mali : souveraineté et partenariats face à l’instabilité persistante

Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, le Mali a connu une refonte politique et stratégique majeure sous la direction du colonel Assimi Goïta. Ce changement s’est traduit par un discours souverainiste affirmé, une distance prise avec les partenaires occidentaux traditionnels et le développement de nouvelles alliances, notamment avec la Russie et les Émirats arabes unis. Pourtant, cette stratégie n’a pas permis d’améliorer la sécurité, la gouvernance ou les conditions économiques du pays.

une souveraineté revendiquée mais des résultats absents

Le régime de Goïta a mis en avant une rhétorique de réappropriation de la souveraineté malienne, rejetant les interférences étrangères perçues, en particulier celle de la France. Ce discours a trouvé un écho auprès d’une partie de la population, lasse des échecs de gouvernance et de l’insécurité chronique. Cependant, malgré cette posture, le Mali reste fragilisé par des défis multidimensionnels.

Le pays a diversifié ses partenariats internationaux, se tournant vers des acteurs comme la Russie, qui a pris le relais du groupe Wagner avec l’Afrique Corps, ou encore les Émirats arabes unis. Ces nouvelles alliances ont permis des gains tactiques ponctuels, comme la reprise de Kidal en 2023, mais elles n’ont pas résolu les problèmes structurels du Mali. Les groupes armés et terroristes, tels que Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) et ISIS-Sahel, continuent de prospérer, exploitant les faiblesses de l’État et les frustrations locales.

des partenariats transactionnels aux limites évidentes

La stratégie malienne peut être qualifiée de post-alignement souverainiste transactionnel. Plutôt que de s’engager dans une alliance stable, Bamako joue les différents acteurs extérieurs les uns contre les autres pour maximiser les bénéfices immédiats, renforcer la légitimité du régime et maintenir une façade d’autonomie. Cette approche pragmatique, bien que flexible, expose le Mali à des risques accrus : dépendance accrue aux puissances extérieures, fragmentation des structures de gouvernance déjà fragiles, et renforcement du rôle du pays comme terrain d’affrontements géopolitiques.

Les tensions entre les acteurs internationaux s’intensifient également. La guerre en Ukraine, par exemple, a des répercussions indirectes sur le Mali, avec des ingérences de Kiev et Moscou qui se disputent l’influence dans la région. De même, les Émirats arabes unis, tout en condamnant officiellement les coups d’État, soutiennent discrètement certains régimes du Sahel, illustrant une diplomatie opportuniste qui contraste avec leurs déclarations publiques.

une économie stagnante et une gouvernance en déclin

Sur le plan économique, le Mali reste confronté à une croissance atone et à des inégalités criantes entre les zones urbaines et rurales. Malgré les promesses de réformes, la corruption persiste et l’enrichissement des élites est de plus en plus visible. Le pays, classé 188e sur 193 au Human Development Index des Nations unies, peine à offrir des services de base à sa population, notamment en matière de sécurité, de justice et d’infrastructures.

La gouvernance, quant à elle, se dégrade. Les élections promises depuis février 2022 ont été reportées à plusieurs reprises, et le gouvernement a proposé d’étendre le mandat présidentiel jusqu’en 2030. En mai 2025, toutes les formations politiques ont été dissoutes, officiellement pour des raisons d’ordre public, une mesure qui a suscité de vives inquiétudes quant à un durcissement autoritaire du régime.

un avenir incertain pour le Mali

Les défis auxquels le Mali est confronté — insécurité persistante, instabilité politique, stagnation économique et dépendance aux acteurs extérieurs — sont profondément ancrés. Aucune des stratégies mises en place, qu’elles soient internes ou externes, n’a permis d’apporter une solution durable. La crise malienne risque de s’aggraver et de s’étendre aux pays voisins, notamment le long du golfe de Guinée.

Pour sortir de cette impasse, une transformation politique, sociale et économique est indispensable. Elle devra reposer sur :

  • Un dialogue inclusif pour rétablir la confiance entre l’État et les citoyens.
  • Des réformes institutionnelles visant à lutter contre la corruption et à renforcer la transparence.
  • Une politique de développement équilibrée, réduisant les disparités entre zones urbaines et rurales.
  • Une stratégie de partenariats internationaux plus équilibrée, évitant de tomber dans le piège de la dépendance à des acteurs aux intérêts divergents.

Sans ces mesures, le Mali continuera de naviguer dans une zone de turbulence, où les gains tactiques immédiats ne suffiront pas à garantir la stabilité à long terme.

Stratégie de post-alignement du Mali : souveraineté et partenariats face à l’instabilité persistante
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