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Tchad : vers un pouvoir à vie ? la révision constitutionnelle inquiète les défenseurs des droits

une menace majeure pour la démocratie au Tchad

La récente modification de la constitution du Tchad marque un tournant préoccupant pour l’état de droit et les principes démocratiques. En supprimant la limitation du nombre de mandats présidentiels, les autorités tchadiennes ouvrent la voie à un maintien indéfini au pouvoir du président Mahamat Idriss Déby. Cette décision, adoptée sous haute pression parlementaire, affaiblit considérablement les perspectives d’une alternance démocratique conforme aux normes internationales.

des conséquences lourdes pour l’alternance démocratique

« En supprimant cette limite, le gouvernement tchadien a sapé un rempart essentiel contre l’autoritarisme », déclare Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. Plutôt que de renforcer les mécanismes de concurrence politique par des élections libres et transparentes, cette réforme consolide un système où un seul homme et un seul parti dominent l’exécutif. »

Adoptée en urgence le 3 octobre après un vote parlementaire en septembre, cette révision constitutionnelle prolonge la durée des mandats de cinq à sept ans. Soutenue par le Mouvement patriotique du salut (MPS), majoritaire à l’Assemblée nationale, elle a été boycottée par une partie de l’opposition, qui la juge illégitime. Malgré les justifications officielles qualifiant ces modifications de « techniques », leur impact est sans équivoque : elles légalisent un règne potentiellement illimité pour Mahamat Idriss Déby, au pouvoir depuis 2021.

un recul démocratique qui s’inscrit dans une tendance régionale

Cette décision s’ajoute à une série d’amendements constitutionnels en Afrique centrale visant à pérenniser le pouvoir des dirigeants. Human Rights Watch souligne que ces pratiques, qualifiées de « coups d’État constitutionnels » par certains experts, contredisent la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, ratifiée par le Tchad. Celle-ci interdit explicitement les révisions constitutionnelles qui portent atteinte à l’alternance démocratique.

Le pays, où l’opposition et la société civile subissent déjà harcèlement et intimidations, voit son paysage politique se réduire comme une peau de chagrin. Les élections de 2021, entachées de violences policières contre les manifestants, avaient marqué le début d’une transition militaire contestée. Malgré les promesses de démocratisation, les autorités ont choisi de renforcer leur emprise, notamment en réprimant les voix dissidentes.

répression et instrumentalisation de la justice

Les violences d’octobre 2022, lors desquelles des forces de sécurité ont tiré sur des manifestants pacifiques, ont illustré la brutalité du régime. Des centaines de personnes ont été arrêtées et emprisonnées dans des conditions inhumaines, comme à la prison de Koro Toro. Plus récemment, en mai 2025, l’arrestation et la condamnation à 20 ans de prison de Succès Masra, leader de l’opposition, sur des charges politiques, confirment cette dérive autoritaire.

Human Rights Watch rappelle que cette manipulation constitutionnelle n’est pas une première au Tchad. Feu Idriss Déby Itno avait déjà supprimé cette limite en 2005, puis l’avait rétablie en 2018 avec une durée de mandat allongée. Son fils, Mahamat Idriss Déby, répète aujourd’hui les mêmes erreurs, prouvant que la concentration du pouvoir reste une stratégie récurrente.

que faire pour rétablir l’équilibre ?

Pour Human Rights Watch, la solution passe par plusieurs mesures urgentes :

  • Rétablir sans délai la limitation des mandats présidentiels pour garantir une alternance démocratique.
  • Organiser un référendum transparent pour valider toute réforme constitutionnelle, comme l’ont demandé les partis d’opposition.
  • Mettre fin aux poursuites judiciaires à caractère politique et libérer les prisonniers d’opinion comme Succès Masra.
  • Garantir la liberté d’expression, de réunion et un contrôle effectif des institutions (Parlement, justice, presse).

« La Constitution ne doit pas servir à verrouiller le pouvoir, mais à protéger les droits des citoyens », insiste Lewis Mudge. « Sans mécanismes crédibles de transition, le Tchad s’enfonce dans un cycle de répression où la loi devient un outil de domination. »

le Tchad face à son destin démocratique

Alors que le pays célèbre ses dirigeants militaires au nom de la stabilité, la communauté internationale et les organisations de défense des droits humains appellent à la vigilance. La modification constitutionnelle de 2025 pourrait bien sceller le sort d’une démocratie tchadienne déjà fragilisée, à moins que des mesures urgentes ne soient prises pour inverser cette tendance.

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