tentative de coup d’État au Bénin : les autorités déjouent une menace majeure
Des échanges de tirs signalés à Cotonou et des militaires en position renforcée autour du palais présidentiel ont marqué cette journée tendue.

Les autorités du Bénin ont annoncé dimanche avoir neutralisé une tentative de coup d’État visant à renverser le président Patrice Talon. Ce dernier a assuré que la situation était totalement maîtrisée et a reçu un soutien militaire de la CEDEAO, l’organisation régionale ouest-africaine.
Cette opération survient alors que la fin du mandat de Patrice Talon approche. Le pays, reconnu pour sa croissance économique, fait face à des défis sécuritaires majeurs dans sa région septentrionale, où des groupes djihadistes menacent la stabilité.
L’Afrique de l’Ouest traverse une période d’instabilité politique sans précédent depuis le début des années 2020. Plusieurs pays voisins du Bénin, comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger, ont connu des coups d’État, tandis que la Guinée et la Guinée-Bissau ont également subi des bouleversements récents.
Dès le dimanche matin, des militaires ont investi les studios de la télévision nationale pour annoncer la destitution du président Talon, évoquant des motifs comme la détérioration de la sécurité ou la remise en cause des libertés fondamentales.
Quelques heures plus tard, le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, a démenti cette annonce en confirmant que la tentative de putsch avait été stoppée.
Patrice Talon a confirmé cette information lors d’une allocution télévisée, déclarant que l’ordre et la sécurité étaient pleinement rétablis sur l’ensemble du territoire. Il a également promis que les responsables de cette action seraient sévèrement sanctionnés, saluant au passage le dévouement des militaires de la garde républicaine.
« Cette forfaiture ne restera pas impunie », a-t-il déclaré.
Selon des sources militaires citées par l’Agence France-Presse, une douzaine de soldats ont été arrêtés, dont certains impliqués dans cette tentative de renversement. Le lieutenant-colonel Pascal Tigri, identifié comme l’un des principaux instigateurs, n’a cependant pas été mentionné parmi les détenus.
En fin de journée, l’aviation nigériane a mené des frappes aériennes à Cotonou, en coordination avec les protocoles de la CEDEAO, sans que les cibles ne soient précisées. L’organisation a ensuite annoncé le déploiement immédiat de troupes provenant du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Ghana pour soutenir les forces béninoises et protéger l’ordre constitutionnel.
La Force en attente de la CEDEAO, chargée de maintenir la paix régionale, a déjà été déployée par le passé, notamment en Gambie en 2017. Cependant, elle n’est pas intervenue au Niger en 2023 après le coup d’État dans ce pays.
L’Union africaine a également condamné avec fermeté cette tentative de déstabilisation.
Un pays marqué par l’histoire des coups d’État
Bien que le Bénin n’ait connu qu’un seul coup d’État réussi en 1972, cette tentative rappelle les périodes troubles du pays. « Aujourd’hui, on dirait que je revis les moments vécus par nos aînés », confie Remy Agblo, un commerçant basé à Cotonou. « Heureusement que cela a été évité. »
Patrice Talon, en fonction depuis 2016, achèvera son second mandat en 2026, conformément à la Constitution. Son successeur désigné, le ministre des Finances Romuald Wadagni, est donné favori pour l’élection présidentielle d’avril 2026, alors que le principal parti d’opposition a été exclu du scrutin.
« Une tension palpable règne dans le pays depuis des mois, en raison des tensions électorales », explique Anatole Zinsou, informaticien à Cotonou. Il critique notamment l’exclusion de certains acteurs politiques des processus électoraux.
Si Patrice Talon est reconnu pour son action en faveur du développement économique du Bénin, ses détracteurs lui reprochent un virage autoritaire, dans un pays autrefois salué pour la vitalité de sa démocratie.
La France, ancienne puissance coloniale, a condamné cette tentative de coup d’État et a appelé ses ressortissants à rester prudents et à se confiner en raison d’un contexte encore instable.
Dans la capitale économique, Cotonou, la vie quotidienne a repris son cours pour la majorité des habitants. Cependant, la ville s’est vidée plus tôt que d’habitude en début de soirée, selon un journaliste de l’Agence France-Presse.
Plusieurs barrages militaires ont été installés autour du palais présidentiel et du camp militaire de Guézo.
« Ce soir, je vais essayer de rentrer plus tôt. On ne sait pas qui se cache derrière cette tentative de coup d’État », confie Michelle Eudoxie, une coiffeuse de 50 ans.
De son côté, Nabil Sacca, un vendeur d’essence proche du palais présidentiel, raconte : « Ce matin, j’ai entendu des coups de feu. J’ai quitté mon quartier pour me mettre à l’abri. J’avais peur. »