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Tombouctou plongée dans le noir : le blocus jihadiste paralyse la cité des 333 saints

Isolée du reste du Mali en raison de l’insécurité, la célèbre cité des 333 saints traverse une épreuve inédite. Sans électricité ni eau courante, conséquence d’une pénurie de carburant, Tombouctou révèle l’échec logistique et sécuritaire qui frappe en priorité les populations civiles.

À Tombouctou, le mercure dépasse fréquemment les 40 degrés à l’ombre. Depuis plusieurs jours, plus aucun ventilateur ne fonctionne, les réfrigérateurs sont à l’arrêt et les robinets restent secs. La centrale thermique gérée par la compagnie publique Énergie du Mali (EDM-SA) est complètement stoppée. Sans carburant pour ses générateurs, la ville entière est plongée dans l’obscurité technologique, entraînant la Société malienne de gestion de l’eau potable (Somagep) dans cette chute.

Il ne s’agit plus d’une simple crise infrastructurelle : c’est un blocus sournois qui paralyse l’existence de dizaines de milliers de résidents.

Le blocus logistique : le carburant transformé en arme

Alors que Bamako endure des délestages chroniques, Tombouctou paie un lourd tribut lié à son isolement géographique et sécuritaire. La crise actuelle découle directement d’une pénurie de carburant qui dure depuis plus d’un mois.

  • Blocus imposé par le JNIM : Depuis plusieurs mois, les combattants jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans bloquent les routes principales vers le nord. Les camions-citernes habituellement chargés d’approvisionner la ville sont pris pour cible, interdits de passage ou escortés de façon très limitée.
  • Coût prohibitif du système D : Privée de ses voies d’approvisionnement normales, la ville a recours à des filières informelles ou à de rares convois militaires lents. Le prix du litre de carburant au marché noir a grimpé en flèche, rendant l’autonomie des petits commerces et des générateurs privés impossible.

Conséquences sanitaires immédiates : la coupure d’électricité brise la chaîne du froid, mettant en péril la conservation des denrées alimentaires et des médicaments. À l’hôpital régional de Tombouctou, la situation est quasi catastrophique : les soignants doivent trier les urgences vitales et travaillent à la lueur des téléphones portables ou de panneaux solaires de secours, trop insuffisants pour l’ensemble de l’établissement.

Le désengagement de l’État dénoncé

Pour répondre à l’urgence, les autorités locales ont mis en place des distributions d’eau potable via des camions-citernes. Mais ces actions humanitaires ne dissimulent pas le mécontentement croissant. La population de Tombouctou se sent reléguée aux marges des priorités de Bamako.

La promesse de sécuriser les axes stratégiques et d’assurer l’autonomie énergétique tarde à se réaliser. En misant uniquement sur une réponse militaire pour protéger les approvisionnements, sans assurer la continuité des services essentiels, l’État malien rend la Somagep et l’EDM impuissantes face aux interruptions.

Une ville maintenue sous perfusion

Tombouctou ne peut survivre éternellement avec des générateurs à l’arrêt. Si la transition malienne souhaite démontrer sa capacité à gouverner l’ensemble du pays, la restauration des services publics de base est aussi importante que la reconquête militaire. Tant que les routes demeureront bloquées et que les camions-citernes de l’EDM ne pourront atteindre le nord en toute sécurité, la perle du désert continuera de s’éteindre, quartier après quartier.

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