En rdc, la question d’un troisième mandat agite la classe politique et la société
La République démocratique du Congo (rdc) se trouve à un carrefour politique majeur. La Cour constitutionnelle a validé, hier, la conformité de la loi organisant le référendum. Une décision qui relance un débat houleux au sein de l’échiquier politique national. Félix Tshisekedi, en poste depuis 2019, affronte une opposition déterminée à bloquer toute velléité de modification de la Constitution.
Pour ses détracteurs, la nouvelle loi pourrait servir de levier pour une révision constitutionnelle permettant au chef de l’État d’envisager un troisième mandat. Pourtant, le camp présidentiel rejette catégoriquement cette interprétation. Selon lui, cette réforme vise avant tout à optimiser le fonctionnement des institutions congolaises.
À l’approche de la fin de son second mandat en 2028, Félix Tshisekedi, âgé de 63 ans, se retrouve au cœur d’une polémique aux enjeux politiques et sociaux considérables. « Si le peuple souhaite que j’aie un troisième mandat, j’accepterai », avait-il déclaré lors d’une conférence de presse en mai 2026. Une déclaration qui a ravivé les craintes d’un maintien prolongé au pouvoir.
L’opposition en première ligne contre un éventuel troisième mandat
Les partis d’opposition voient dans cette loi une menace directe pour la démocratie. Pour eux, son adoption par l’Assemblée nationale puis validée par le Sénat ouvre la porte à une révision constitutionnelle controversée. Une telle manœuvre permettrait à Félix Tshisekedi de « remettre son compteur à zéro », selon leurs craintes. « Nous nous mobilisons depuis des semaines pour empêcher toute tentative de modification de la Constitution », a souligné un porte-parole de l’opposition.
Pour l’instant, le gouvernement congolais n’a pas apporté d’éléments concrets justifiant ces soupçons. Pourtant, les déclarations récentes du président laissent planer le doute. « Je ne cracherais pas sur un troisième mandat si le peuple me le demande », avait-il confié, alimentant ainsi les spéculations.
L’Église catholique s’oppose fermement à tout changement
L’influence de l’Église catholique en rdc est un acteur clé dans ce débat. La Conférence épiscopale nationale du Congo (cenco), qui regroupe les évêques de toutes les provinces, a pris position de manière catégorique. Dans un communiqué sans ambiguïté, les prélats ont affirmé « ne voir ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité » de modifier la Constitution. Cette prise de position s’inscrit dans la continuité de leur engagement historique pour le respect des institutions démocratiques.
Rappelons que, en 2018, les Églises avaient joué un rôle déterminant dans le blocage de la candidature de Joseph Kabila, alors président sortant, pour un troisième mandat. Sous la pression populaire et internationale, ce dernier avait finalement renoncé à se représenter. Une victoire pour la démocratie congolaise, selon les observateurs.
Un dialogue politique en suspens
Un dialogue national est évoqué pour tenter d’apaiser les tensions. Félix Tshisekedi a confié aux confessions religieuses le soin d’organiser cette rencontre. Pourtant, les contours de cette initiative restent flous. Faut-il y associer tous les acteurs politiques, y compris les anciens présidents comme Joseph Kabila ? La question divise.
Les objectifs de ce dialogue apparaissent également contrastés. Si le gouvernement souhaite axer les discussions sur la cohésion nationale face aux défis sécuritaires, notamment l’agressivité rwandaise, l’opposition exige quant à elle que le sujet de la Constitution soit placé au cœur des débats. « Les pouvoirs en place utilisent souvent ce type d’exercice pour affaiblir les oppositions », met en garde un analyste politique. « Il faut éviter de tomber dans ce piège ».