yam’na : le Gabon mise sur les compétences locales pour son avenir industriel
Libreville, le 11 juillet 2026 — La transformation des ressources naturelles gabonaises ne relève plus seulement des décisions politiques ou des stratégies des grands groupes miniers. Elle s’ancre désormais dans les amphithéâtres universitaires et les centres de formation, où se préparent les talents de demain.
Le Gabon franchit une nouvelle étape avec la troisième édition de Yam’NA, un programme ambitieux lancé conjointement par Eramet Comilog et SETRAG. Cette initiative, qui offre cinquante nouvelles bourses d’études aux jeunes Gabonais, s’inscrit dans une vision stratégique : construire les compétences nécessaires à l’industrialisation du pays pour les décennies à venir.
Inaugurée officiellement le 10 juillet à Libreville, cette édition marque une avancée majeure par rapport à ses prédécesseures. Créé en 2024 par Eramet Comilog dans le cadre de son programme Beyond et de sa démarche Act for Positive Mining, Yam’NA a déjà permis à près d’une cinquantaine de bacheliers gabonais de poursuivre leurs études supérieures au pays.
Avec l’arrivée de SETRAG comme partenaire, le dispositif gagne en envergure nationale. Les deux acteurs majeurs de l’industrie minière et ferroviaire unissent désormais leurs efforts pour investir dans le capital humain gabonais, un levier essentiel pour l’avenir économique du pays.
Former aux métiers de l’industrie de demain
Longtemps, les économies africaines spécialisées dans l’extraction ont exporté leurs matières premières tout en important les savoir-faire techniques nécessaires à leur transformation. Le Gabon entend aujourd’hui renverser cette tendance.
Les cinquante bourses attribuées pour l’année universitaire 2026-2027 ciblent des secteurs prioritaires pour l’avenir national : métallurgie, sidérurgie, chimie industrielle, agroalimentaire, agroforesterie et économie verte. Une orientation stratégique qui accompagne les ambitions gabonaises de valoriser localement ses ressources et de réduire la dépendance aux compétences étrangères.
L’enjeu dépasse la simple insertion professionnelle des étudiants sélectionnés. Il s’agit de former dès aujourd’hui les ingénieurs, techniciens, métallurgistes et spécialistes de l’environnement qui piloteront demain les projets de transformation du manganèse, du fer, du bois ou des produits agricoles locaux. Dans un contexte mondial marqué par la transition énergétique et la course aux minerais stratégiques, posséder des ressources ne suffit plus : il faut aussi maîtriser leur valorisation locale.
Un engagement pour la souveraineté économique
Le programme Yam’NA s’adresse aux jeunes Gabonais de moins de 25 ans, titulaires d’un baccalauréat obtenu au premier tour, souhaitant poursuivre leurs études supérieures dans des filières techniques, industrielles ou environnementales. Les candidatures sont ouvertes du 8 au 28 juillet 2026.
Au-delà du soutien financier, le dispositif vise à aligner les formations universitaires sur les besoins réels de l’économie gabonaise. Un défi partagé par de nombreux pays africains, où les entreprises peinent à recruter des profils spécialisés tandis que les diplômés peinent à s’insérer dans des filières peu adaptées aux besoins industriels émergents.
Le partenariat entre Eramet Comilog et SETRAG apporte une réponse concrète à cette problématique structurelle. Premier employeur privé du Haut-Ogooué avec près de 3 500 emplois directs, le groupe français Eramet, via ses filiales Comilog et SETRAG, joue un rôle clé dans l’économie gabonaise et sous-régionale.
SETRAG, quant à elle, gère les 648 kilomètres du Transgabonais, une ligne ferroviaire stratégique reliant les zones minières de l’intérieur au port d’Owendo. Chaque année, elle transporte près de neuf millions de tonnes de marchandises et plusieurs centaines de milliers de voyageurs, faisant d’elle un acteur incontournable de la logistique nationale.
L’industrialisation se joue dans les compétences
L’Afrique entre dans une nouvelle ère où le développement ne se mesure plus seulement à l’aune des infrastructures ou des investissements, mais à celle des compétences disponibles pour accompagner les mutations industrielles. Dans cette compétition mondiale, les nations qui réussiront seront celles capables de transformer leur jeunesse en véritable moteur de création de valeur.
Yam’NA s’inscrit dans cette dynamique de long terme. En orientant les étudiants vers les métiers de la transformation locale et de l’économie verte, le Gabon anticipe les besoins de son industrie plutôt que de les subir demain. L’objectif est clair : faire émerger une génération capable non seulement d’exploiter les ressources du pays, mais surtout de les transformer, de les valoriser et d’en faire un levier durable de souveraineté économique.