Trente-huit jeunes détenus, incapables d’honorer les frais liés aux contraintes par corps au Cameroun, ont recouvré leur liberté grâce à une initiative humanitaire. Cette libération marque une nouvelle étape dans la lutte contre la surpopulation carcérale, un fléau qui touche particulièrement les centres pénitentiaires du pays.
Une action humanitaire pour briser les chaînes de la précarité
Depuis 2014, la Fondation Françoise Puene pour la liberté, une organisation non gouvernementale, intervient régulièrement pour soutenir les détenus les plus vulnérables. Cette année, elle a ciblé 38 jeunes âgés de 16 à 28 ans, incarcérés dans la prison centrale de Bafoussam. Ces derniers, condamnés pour des infractions mineures ou en attente de jugement, se retrouvaient piégés dans un système judiciaire où la pauvreté devient une peine supplémentaire.
« Nous avons constaté que la majorité des détenus dans cette prison étaient des jeunes, certains n’ayant même pas 18 ans », explique Françoise Puene, présidente de la fondation. « Le paiement des contraintes par corps est un obstacle majeur à leur libération. Sans moyens financiers, ils restent enfermés, parfois bien au-delà de leur peine initiale ».
La surpopulation carcérale, un cercle vicieux
Au Cameroun, les centres pénitentiaires souffrent d’une surrpopulation chronique, en partie due aux contraintes par corps. Ces frais, imposés aux condamnés, doivent être réglés à la fin de leur peine pour éviter une prolongation de leur incarcération. Pourtant, pour des détenus issus de milieux défavorisés, cette obligation est souvent impossible à remplir.
Adray Epente Tazeu, secrétaire général des services du gouverneur de la région de l’Ouest, reconnaît l’ampleur du problème : « Nos prisons sont saturées. Beaucoup de détenus ne peuvent pas payer ces frais, ce qui aggrave encore la situation ». Cette réalité touche des milliers de personnes chaque année, créant un cercle vicieux où pauvreté et détention s’alimentent mutuellement.
Des vies transformées, des familles soulagées
Parmi les 38 jeunes libérés, Efred Ngayeu avait écopé d’une peine de six mois. Pourtant, faute de pouvoir régler les 40 000 à 150 000 francs CFA (soit 60 à 228 euros) de contraintes par corps, il a passé neuf mois derrière les barreaux. « Je suis profondément reconnaissant. Grâce à cette aide, je peux enfin retrouver ma famille et reprendre une vie normale », confie-t-il.
Cette intervention de la fondation ne se limite pas à un geste ponctuel. Elle s’inscrit dans une démarche plus large visant à réduire les inégalités d’accès à la justice et à offrir une seconde chance aux plus démunis. Les montants payés par l’ONG, bien que modestes, représentent une libération immédiate pour ces jeunes et une bouffée d’oxygène pour un système judiciaire sous tension.
Un appel à une réforme structurelle
Si cette initiative salvatrice est saluée, elle ne résout pas à elle seule la crise des prisons camerounaises. Les contraintes par corps, héritées d’un système judiciaire ancien, restent un frein majeur à la réinsertion des détenus. Des voix s’élèvent pour réclamer une réforme urgente du Code de procédure pénale, afin d’abolir ou de réduire ces frais pour les condamnés dans l’incapacité de les payer.
En attendant, des organisations comme la Fondation Françoise Puene continuent de jouer un rôle clé. Leur action rappelle que la liberté ne devrait pas être un privilège, mais un droit accessible à tous, quel que soit son niveau de vie.