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Guinée-Bissau : les dessous du bras de fer entre la junte et Embaló

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La Guinée-Bissau, déjà éprouvée par des décennies d’instabilité, se retrouve une nouvelle fois au bord du gouffre. Le refus catégorique des autorités militaires d’autoriser le retour de l’ancien président Umaro Sissoco Embaló, annoncé depuis son exil, ne relève pas d’une simple décision administrative. Derrière ce veto se cache un entrelacs de calculs politiques, de rancunes personnelles et de stratégies de survie pour une junte qui redoute plus que tout le retour de son ancien homme fort.

Le pari risqué d’un exilé déterminé à revenir

Depuis son exfiltration vers Dakar au lendemain du putsch de novembre 2025, Umaro Sissoco Embaló n’avait jamais totalement disparu du jeu politique. Son silence, longtemps interprété comme une capitulation, a volé en éclats lorsqu’il a publiquement annoncé son intention de rentrer à Bissau pour se porter candidat à la présidentielle prévue en fin d’année. Une déclaration qui a immédiatement mis le feu à la poudrière bissau-guinéenne.

L’ancien chef de l’État ne compte pas revenir en simple spectateur. Il s’appuie sur une lecture pointilleuse des textes de la transition, qui interdisent aux membres de la junte actuelle de briguer un mandat électoral. Pour lui, cette clause lui ouvre un boulevard. Afin de donner corps à son ambition, une coalition hétéroclite a été discrètement mise sur pied : la « Plateforme républicaine », qui fédère une douzaine de partis et organisations. L’objectif affiché est clair : transformer ce retour annoncé en une revanche politique, et démontrer que sa popularité n’a pas été entamée par les événements de novembre.

Novembre 2025 : autopsie d’un putsch controversé

Pour saisir l’âpreté de l’affrontement actuel, il faut revenir sur les journées qui ont fait basculer la Guinée-Bissau. Le 23 novembre 2025, les électeurs se rendent aux urnes pour un scrutin présidentiel crucial. Trois jours plus tard, alors que le dépouillement touche à sa fin et que les quartiers généraux des deux principaux candidats claironnent victoire, des tirs d’armes lourdes déchirent le silence de Bissau.

En quelques heures, des militaires des Forces armées révolutionnaires du peuple encerclent le palais présidentiel et capturent Umaro Sissoco Embaló. Se présentant comme un « Haut commandement militaire pour la restauration de la sécurité nationale », les putschistes suspendent le processus électoral, arguant d’un complot visant à manipuler les résultats. Mais très vite, la version officielle se fissure. Observateurs internationaux, diplomates et figures de l’opposition dénoncent une mascarade, un « arrangement » cousu de fil blanc. Certains accusent même Embaló d’avoir lui-même orchestré un auto-coup d’État pour empêcher la victoire annoncée de ses rivaux. Exfiltré dès le lendemain vers Dakar, il laisse derrière lui un pays suspendu à un vide juridique et institutionnel.

Un veto qui en dit long sur les intentions de la junte

La réponse des militaires au retour annoncé d’Embaló n’a pas tardé. Dans un communiqué d’une rare fermeté, le pouvoir militaire a signifié que l’ancien président ne serait pas autorisé à revenir, le désignant comme le principal artisan de la crise de novembre. Pour les généraux aux commandes, une telle éventualité raviverait les braises d’un incendie mal éteint.

« Aucun acteur ayant compromis la paix sociale et la stabilité de la nation ne sera autorisé à instrumentaliser le processus de transition à des fins d’agitation électorale », a averti le Haut commandement.

Ce refus s’inscrit dans une stratégie plus large : verrouiller le calendrier électoral et filtrer les candidatures. La junte entend garder la mainmise sur la transition, quitte à exclure de facto une partie de l’échiquier politique. Mais ce faisant, elle s’expose à de vives critiques sur la sincérité de son engagement démocratique.

Une démocratie au bord de l’implosion

En bloquant le retour d’Embaló, la junte prend le risque d’aggraver une crise déjà profonde. Une frange importante de l’opposition se retrouve marginalisée, poussée à l’exil ou visée par des poursuites judiciaires. Les partisans de l’ancien président, eux, crient à la dérive autoritaire et à l’exclusion arbitraire. La question de l’inclusivité des futures élections devient dès lors centrale : comment organiser un scrutin crédible si une partie des acteurs est empêchée de participer ?

Entre un ex-président déterminé à forcer le destin depuis l’étranger et une junte arc-boutée sur son refus, la Guinée-Bissau avance sur une corde raide. L’issue de ce face-à-face reste incertaine, et avec elle, l’avenir démocratique d’un pays qui n’en finit pas de chercher la stabilité.

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