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Alliance djihadistes et rebelles touaregs : un tournant pour le Mali

alliance djihadistes et rebelles touaregs : un tournant pour le Mali

Des combattants de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) patrouillent dans la ville lors du Congrès pour la fusion des mouvements à Kidal, le 28 août 2022.

Les attaques simultanées menées ce week-end par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et le Front de libération de l’Azawad (FLA), mouvement séparatiste touareg, ont marqué un tournant dans le conflit malien. Ces opérations coordonnées, touchant des villes comme Bamako et Kidal, révèlent une stratégie inédite et une menace accrue pour la junte militaire au pouvoir.

Cette alliance, bien que surprenante, s’explique par une convergence d’intérêts temporaires : affaiblir l’État malien, déjà fragilisé par des années d’instabilité. Pourtant, derrière cette coopération se profile une recomposition inquiétante du paysage sécuritaire au Sahel, où les lignes de fracture traditionnelles s’effacent au profit de tactiques opportunistes.

L’impact de ces attaques dépasse le cadre militaire. Elles ébranlent la cohésion interne du régime à Bamako et exacerbent les tensions avec les partenaires internationaux, notamment la Russie et les membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). Une question se pose désormais : le Mali pourrait-il s’isoler stratégiquement face à une insurrection plus organisée et imprévisible ?

Des acteurs aux objectifs divergents mais complémentaires

Le JNIM, coalition djihadiste active dans tout le Sahel, cherche à instaurer un ordre islamique transnational. Ses méthodes, fondées sur la guérilla et la terreur, visent à déstabiliser les États et à imposer sa vision rigoriste de la charia.

Le FLA, en revanche, est un mouvement indépendantiste touareg héritier des rébellions du Nord. Il revendique l’autonomie ou l’indépendance de l’Azawad, s’appuyant sur une légitimité communautaire et historique.

Historiquement, ces deux groupes s’opposaient. Le FLA se méfiait de l’agenda transnational du jihadisme, tandis que le JNIM considérait les séparatistes comme des concurrents pour le contrôle territorial. Pourtant, leur alliance actuelle repose sur une complémentarité tactique : le FLA apporte une connaissance fine des réseaux locaux et une légitimité auprès des populations, tandis que le JNIM fournit une puissance de feu et une logistique transnationale.

Malgré des visions idéologiques opposées, les deux groupes coopèrent pour fragiliser l’État malien. Leur rapprochement rappelle une configuration déjà observée au début des années 2010, lorsque le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) s’était allié à des groupes terroristes pour chasser les forces maliennes du nord du pays. Cette alliance avait rapidement volé en éclats, les djihadistes prenant le contrôle des territoires.

Une alliance contre-nature mais efficace

Des rebelles touaregs du Front de libération de l'Azawad (FLA) circulent à l'arrière de pick-ups à Kidal, le 26 avril 2026.

Leur coopération repose sur un ennemi commun : l’État malien. Cependant, leurs objectifs à long terme restent incompatibles. Le FLA aspire à l’indépendance de l’Azawad, tandis que le JNIM cherche à imposer un califat dans le Sahel. Cette alliance, bien que fragile, produit un effet psychologique puissant, renforçant l’impression d’un pouvoir assiégé sur plusieurs fronts.

Selon Emmanuel Odilon Koukoubou, docteur en science politique et chercheur au Civic Academy for Africa’s Future (CiAAF), cette alliance n’est pas inédite : « En 2012-2013, une configuration similaire avait été observée entre le MNLA et des groupes terroristes comme AQMI et Ansar Dine. » Cependant, cette alliance s’était rapidement fissurée, les djihadistes prenant le dessus.

Pour Alioune Tine, fondateur du think tank Afrikajom Center à Dakar, la situation actuelle est « sans précédent ». Il souligne que l’objectif de cette alliance est clair : « attaquer, affaiblir, peut-être même se débarrasser de la junte militaire. »

La junte frappée au cœur

Le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga (à gauche), le ministre de la Défense Sadio Camara (au centre) et le ministre de la Sécurité et de la Protection civile Daouda Aly Mohammedine (deuxième à droite) assistent à la journée d'ouverture du salon Bamex 25 à Bamako, le 11 novembre 2025.

L’assassinat de Sadio Camara, ministre de la Défense et figure influente de l’armée, lors d’une attaque ciblée à Kati, illustre la vulnérabilité du régime. Les assaillants ont pu atteindre son domicile sans que les services de renseignement ne s’en aperçoivent. Pour Alioune Tine, cette mort est une « véritable catastrophe » : « C’est le cœur même du pouvoir politique et de la sécurité militaire qui a été visé. »

L’absence de communication du président pendant 48 heures a également alimenté les spéculations. Le Premier ministre malien a finalement pris la parole, rappelant que « l’asymétrie des actions terroristes nous oblige à adapter constamment notre dispositif. » Il a annoncé un renforcement des mesures de sécurité et la mise en œuvre de « correctifs nécessaires » pour une meilleure protection.

Pour Emmanuel Odilon Koukoubou, cette attaque révèle une faille majeure dans le dispositif sécuritaire : « La junte est exposée jusque dans ses bastions. C’est un signal inquiétant pour la stabilité du régime. »

Un risque d’effet domino pour la sous-région

La crise survient dans un contexte diplomatique déjà tendu. Le Mali, en rupture avec plusieurs partenaires occidentaux, s’appuie sur la Russie et ses alliés de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cependant, ses options de soutien extérieur sont limitées, ce qui pourrait précipiter son affaiblissement et son isolement.

Pour Alioune Tine, l’enjeu dépasse largement les frontières maliennes : « L’effondrement du Mali risque de provoquer un effet domino dans toute la sous-région, comme l’a déjà fait la propagation du phénomène djihadiste. » Il appelle à une réponse régionale urgente : « La priorité absolue est désormais d’élaborer rapidement une stratégie régionale : une géopolitique et une défense communes. Car seule une réponse collective peut nous sauver. »

Il insiste sur la nécessité de dépasser les égoïsmes nationaux : « Les dirigeants doivent organiser un sommet extraordinaire sur la sécurité de la sous-région. Il faut construire une souveraineté sécuritaire partagée. »

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